« Le modèle de Free, c’est celui du low cost. »

Un peu plus d’une semaine après le lancement de son offre, le quatrième opérateur de télécoms fait face à une arrivée en masse de nouveaux abonnés mobile. Un succès sans précédant dû en grande partie à des tarifs moins chers que la concurrence. Mais que vaut exactement l’offre de Free ? Son arrivée est-elle un plus pour les consommateurs ? Raphaël Suire, enseignant-chercheur en e-business et TIC, tente de répondre à ces questions.

Qu’a changé l’arrivée de Free sur le marché des Télécoms ?
Avec l’arrivée de Free, il y a un nouvel acteur sur un marché qui était dominé par trois acteurs historiques. Plus il y a d’acteurs sur un marché et plus c’est favorable pour les prix.

Par contre, ce qu’il faut bien comprendre c’est que ce que propose Free n’est pas tout à fait la même chose que ce que proposaient les trois opérateurs en place. Free a une offre qui est très dégradée. Ils n’ont par exemple pas une couverture sur l’ensemble du territoire, ce sera donc très bien pour les centres villes mais au delà…?

« On achète simplement la partie forfait »

Actuellement ils ont un accord avec Orange pour transporter leur trafic, mais on ne connaît pas la nature de cet accord. De même, on ne sait pas ce que peut être le comportement d’Orange quant au transport des informations de Free sur son réseau. On ne maitrise donc pas la qualité du service proposé par Free.

Derrière les 19,99€ on n’achète simplement qu’une partie du paquet que les clients avaient l’habitude de consommer, à savoir la partie « forfait ». Les trois autres marques ont anticipé cela avec Sosh pour Orange, B&You pour Bouygues et Red chez SFR. C’est une offre seulement de carte Sim. Cependant, ils ont tous baissé leurs prix donc on peut imaginer qu’il y avait une marge avant.

L’arrivée de Free est-elle positive ?
Les lignes ont bougé sur la partie forfait. Orange vient d’annoncer qu’ils allaient diminuer leurs prix sur leur offre Orange. Donc si on voit les choses baisser, avec une qualité de service constante, c’est intéressant.

« Les consommateurs Free mobile seront les abonnés Freebox »

Qui seront les consommateurs de Free ? Les abonnés de Freebox qui basculent un peu aveuglément vers Free mobile. Pour les autres il n’est pas certain qu’ils basculent à la fin de leur contrat. C’est pour ça que Xavier Niel a parlé de 3 millions de clients, c’est à peu prêt le parc des abonnés Freebox, donc la communauté toute acquise à Free.

Free se rattrape-t-il sur l’achat de mobiles ?
Dans le modèle français, différents des autres pays européens, le mobile était subventionné par un prix élevé du forfait. Free propose juste le forfait, ce qui est bien pour ceux qui ont un terminal tout neuf. Par contre pour ceux dont le mobile est en fin de vie, il faut se poser la question car un téléphone coûte entre 500€ et 700€ si on veut un modèle haut de gamme.

« Ajouter 30€ par mois pour l’achat d’un mobile »

La solution est alors de l’acheter à crédit, ce que propose Free. Mais c’est quelque chose auquel les consommateurs ne sont pas du tout habitués. Jusque là, ils payaient mensuellement leur mobile, à travers le prix de leur forfait.

Aux 19,99€ par mois il faut ajouter le prix de l’acquisition d’un mobile. S’il faut mettre 30€ par mois, on revient à un prix de 50€ pour pouvoir téléphoner. Je ne suis pas sur que beaucoup de consommateurs aient intégré cette dimension là.

L’UFC parle aussi de frais annexes, va-t-on vraiment être à 20€ par mois ?
En économie, il n’y a pas de miracle. Pour que Xavier Niel baisse à ce point là ses tarifs, il prend le modèle du low cost. Ces techniques là ont été imposées par les compagnies aériennes, qui ne gagne pas d’argent sur le prix du billet mais sur tout un tas de services, complémentaires ou obligatoires, qui permettent à la compagnie d’être viable.

« Free va gagner de l’argent sur des services annexes ».

Le modèle de Free, c’est le modèle du low cost. Il faut donc chercher autour du prix là où Free va gagner de l’argent, et ce sera vraisemblablement sur des services annexes, qui sont en astérisque et que UFC a commencé à pointer.

Free n’a pas eu de « fréquence en or« . Aura-t-on bientôt un marché à deux vitesses ?
Free n’a pas les poches infiniment profondes. Ils sont sur le marché de la fibre optique et ils ont beaucoup de mal à la déployer car c’est extrêmement onéreux. Ils ont fait l’acquisition d’une partie d’un paquet 3G qui leur a couté un peu, même s’ils ont eu des tarifs particulièrement avantageux de la part de l’Arcep.

« La discrimination est déjà présente. »

Internet à deux niveaux cela existe déjà. Quand tu habites en centre ville, tu as sur ta box entre 1 et 20 mégabits/seconde pour 30€, donc la discrimination est donc déjà présente. En centre Bretagne par exemple, on ne peut pas regarder YouTube. Est-ce réel problème ? En tout cas ce genre de chose existe déjà.

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