Data-visualisation : utiliser l’héritage plutôt que réinventer

Data-visualisation : utiliser l’héritage plutôt que réinventer

11 Juin 2012

A l’occasion de la semaine de l’Open data à Nantes, une conférence était organisée sur l’histoire de la visualisation de données. Son constat : les représentations graphiques du 21ème siècle ont gagné en apparence ce qu’elles ont perdu en précision et efficacité.

Avec l’explosion de la quantité d’informations diffusées, la data-visualisation connaît un essor important, notamment à travers des travaux de data-journalisme. Pourtant la visualisation de donnée n’est pas une nouveauté, car elle existe depuis plusieurs siècles. Elle a connu son âge d’or entre 1850 et 1900, avant d’être théorisée dans les années 60 par Jacques Bertin. Autant d’éléments que Gaëtan Gaborit, chargé de mission pour l’observatoire régional économique et social des Pays de la Loire, a rappelé à l’occasion de l’Open data week 2012 de Nantes.

Des pères fondateurs très créatifs
La représentation graphique existe depuis plusieurs millénaires sous forme de cartographie. Les premiers histogrammes datent en revanche du 14ème siècle, notamment chez Nicole Oresme, qui est un des premiers à représenter ainsi le rapport entre deux variables. La seconde étape se situe autour de 1786 avec William Playfair, qui est l’inventeur de 3 types de représentations graphiques : la statistique chronologique sous forme de courbe, le graphique à barre et le graphique en camembert.

A la fin du 19ème siècle, de nombreux économistes, ingénieurs, médecins utilisent la représentation graphique afin de démontrer des problèmes sanitaires, urbanistiques ou politiques. Il y a alors peu d’innovation, mais les méthodes graphiques se diffusent largement dans les médias, l’école ou le monde des affaires. On constate cependant une rupture avec le monde scientifique, car la statistique se développe dans son coin. A partir de 1914, Willard Brinton va recenser tous les types de graphique, dans un ouvrage nommé « Grafic Presentation », qui comptera jusqu’à 500 pages dans son édition de 1939.

La visualisation de donnée va cependant devoir attendre les années 60 pour obtenir ses lettres de noblesse avec Jacques Bertin. Il conçoit le cadre théorique de la discipline, à travers « la sémiologie graphique« , passant en revue tous les modèles graphiques. Il détermine notamment quelles sont les variables les plus efficaces, des théories qui seront vérifiées par la suite par Cleveland & McGill en 1984. A cette même époque l’usage du graphique se développe, avec l’apparition de l’informatique et de logiciel de traitement comme Excel.

Le graphique pur au détriment de l’information
Aujourd’hui, le graphique apparaît partout et sous toutes ses formes. Pourtant d’après Gaëtan Gaborit, « les graphiques de mauvaise qualité pullulent ». Le soin est en effet surtout apporté « à l’aspect graphique pur », mais il est souvent compliqué d’en tirer une information. Autre point noir : l’interactivité et l’animation, qui sont très en vogue sur les graphiques. Leur efficacité n’est pas démontrée, selon les travaux de Mireille Betrancourt. Il n’est en effet pas possible d’observer les 2 états en même temps mais successivement, contrairement à deux graphiques placés l’un à côté de l’autre.

Système de variables visuelles proposé par Jacques Bertin

Ces différents problèmes viennent d’un « manque de formation » sur l’élaboration et les lectures des graphiques, mais aussi de « l’absence d’ouvrages français » sur le sujet, selon Gaëtan Gaborit. Il y a donc un « besoin de réflexion sur le graphisme » qui s’inspirerait des travaux des pères fondateurs. L’objectif à atteindre n’est en effet pas tant de « réinventer » la discipline, que de « comprendre les représentations graphiques » et de « prendre ce dont l’efficacité a été démontré ».

Plus :
Le site de l’Open data week
La visualisation analytique, pour comprendre des données complexes
Ouvrage de référence, « Convaincre avec des graphiques efficaces »
Milestones in the history of thematic cartography statistical graphics and data visualization by Michael Friendly

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