Pour en finir avec la fracture numérique

Pour en finir avec la fracture numérique

3 Oct 2012

La fracture numérique est devenue une notion galvaudée, à tel point qu’on ne sait plus trop à quoi à ce terme renvoie. Pascal Plantard et Marianne Trainoir, deux chercheurs à M@rsouin, ont présenté, mardi 2 octobre au Village Numérique de Viva-Cités, leurs avancées publiées dans un ouvrage en 2011. Leurs travaux sur l’e-inclusion renvoient aux possibilités offertes par le numérique pour intervenir auprès des personnes les plus vulnérables. Ils ont entrepris de tordre le coup aux raccourcis minant ce concept complexe. Ainsi, le cliché du « vieux, isolé et pauvre de surcroît » non connecté à Internet ne serait plus aussi simple que cela. L’occasion de rappeler des constats d’e-exclusion préalables à toute perspective d’e-inclusion.  

L’étude de l’e-exclusion révélatrice de nouvelles inégalités

La fracture numérique a longtemps été abordée du seul point de vue de l’accès aux réseaux, un parti pris lié à la « légitimation d’une idéologie généralisée d’une connexion pour tout le monde » rappelle Pascal Plantard. En réalité, ce concept d’inégalités se décompose en trois facettes : générationnelle (jeunes vs personnes âgées), culturelle (niveau d’éducation et environnement familial) et économique (moyens financiers). Mais pour les chercheurs de M@rsouin, « il n’y a plus de fractures franches entre catégories, les inégalités sont désormais plus complexes ».

Enclins aux « recherches qualitatives en immersion » auprès d’intervenants sociaux et de personnes dites fragiles, Pascal Plantard et Marianne Trainoir relèvent que le sentiment d’isolement est encore souvent corrélé au non-usage des technologies. L’installation de bornes tactiles à Pôle Emploi a par exemple particulièrement dérouté les chômeurs de longue durée, ce qui a mis en lumière le besoin d’un accompagnement humain pour ce « public spécifique ». Au niveau professionnel également, les chercheurs relèvent que les réticences au numérique des animateurs ou éducateurs commencent à s’atténuer, une évolution encourageante. En bref, les usages numériques seraient dotés de « trois pouvoirs : de lien, de renforcement et de dévoilement », analyse que Marianne Trainoir explique à travers le cas des sans domicile fixe.

L’exemple du processus d’e-inclusion des personnes les plus vulnérables

Les travaux de la chercheuse portent sur les cultures numériques auprès des personnes à la rue à Rennes. L’« apprivoisement du terrain » passé, elle est à même d’expliquer en quoi « le numérique est un élément de construction identitaire, même pour les sans domicile fixe ». Elle observe ainsi que « les téléphones portables d’ailleurs bien souvent vidés de leur fonction de communication (en l’absence de batterie ou de carte SIM), voire des faux téléphones » sont souvent exhibés par les plus jeunes dans le but de revendiquer leur désir d’appartenance à leur génération, à contre courant de l’image de marginal qui leur est généralement associée. Paradoxalement, elle raconte que ces mêmes personnes ont pris l’habitude de dissimuler ces objets numériques lorsqu’ils se rendent dans des associations caritatives afin d’éviter toute stigmatisation, l’accès à la communication n’étant pas souvent perçu comme la première marque d’un « désir de vivre ».

Marianne Trainoir a également animé un atelier de morphing en 2010 auprès de ce même public, expérience qui a mis en lumière cette fameuse « quête identitaire ». Une majorité de participants au projet a décidé de mêler une photo les représentant avec un visuel de leur animal, symbole de leur « relation à l’animal, souvent substitut à la parentalité ». À la lumière de leurs études, Pascal Plantard et Marianne Trainoir concluent sur les nouvelles possibilités de médiation offertes par le numérique dont l’usage peut être bénéfique « sans que l’écran ne fasse barrière à la relation ».

Plus :
Réseaux sociaux et apprentissage, amis ou ennemis ?

La fracture numérique en quatre dimensions

Billets similaires :