Transhumanisme : au service de l’évolution ?

Transhumanisme : au service de l’évolution ?

1 Nov 2012

Il y a des défis que les transhumanistes aimeraient relever. Quête de la perfectibilité et pourquoi pas de l’immortalité consacreraient ainsi la suprématie de l’humanité. Certains se prennent à rêver d’un homme augmenté, qui s’hybriderait progressivement avec les machines. Programme ou prophétie ? Peu importe, l’aspiration repose sur une fuite en avant technologique dont l’objectif est l’avènement du post-humain, étape suprême de l’évolution.

La technologie sert l’homme pour remédier à ses faiblesses et augmenter sa longévité. « Toutes les frontières qui délimitaient autrefois l’homme sont en train de bouger » racontent les écrivains Monique Atlan et Roger-Pol Droit. Maladies, handicaps ou séquelles d’accidents sont autant de défaillances du corps qui ne seront peut-être bientôt plus irrémédiables. De la recherche au traitement, la voie est longue mais les progrès laissent déjà songeur : implants électroniques, cellules souches embryonnaires, prothèses bioniques, thérapies géniques. Un aperçu qui évoque des remèdes à des déficiences héréditaires ou fortuites, comme rendre la vue aux malvoyants, l’ouïe aux malentendants, la faculté de toucher ou de marcher à des amputés. L’exemple d’Oscar Pistorius atteste d’ailleurs des potentialités de l’homme augmenté.

De l’homme biologique à l’homme augmenté voire immortel

La recherche se développe à vitesse grand V, en particulier avec la convergence NBIC (entre nanotechnologie, biotechnologie, technologie de l’information et science de la cognition). L’armée américaine s’y intéresse pour ses soldats mutilés ou créer des combattants augmentés, prémices de la fusion de l’homme avec la machine. Dans son documentaire Un monde sans humains ?, Philippe Borrel se demande « jusqu’où laisserons-nous encore aller nos machines ? ». Le journaliste Jean-Claude Guillebaud y explique : « nous faisons l’expérience de l’impensé. Depuis une vingtaine d’années, les progrès technologiques ont été plus vite que la pensée ». C’est de ce constat que Ray Kurzweil, transhumaniste et théoricien de la singularité, voit l’homme augmenté comme l’adaptation nécessaire pour suivre ces vagues d’informations croissantes.

Autre défi, agir sur l’obsolescence de l’humanité avec en ligne de mire la conquête de l’immortalité. Au-delà de la cryogénisation du corps, il y a aussi la promesse d’une vie éternelle numérique avec la sauvegarde des consciences sur disques durs. Un point de basculement pour contrer cette défaillance ultime que constitue la mort. Les recherches sur la modélisation du cerveau et sur l’intelligence artificielle ambitionnent même de pouvoir disposer d’une conscience éternelle en la transférant dans une machine (mind-uploading). Il va sans dire que ces prédictions aux airs de science-fiction ne font pas l’unanimité. Dans une moindre mesure, les journalistes Jean-Christophe Féraud et Capucine Cousin estiment que la gestion de la vie numérique après la mort est déjà un défi pour tout à chacun : « Facebook est-il en train de devenir le premier cimetière virtuel ? ».

Le post-humain menacé d’aliénation par la surenchère technologique

Le transhumanisme se fait happer par la compétitivité mondiale et par la logique d’avantages concurrentiels. L’Université de la Singularité, implantée au cœur de la Silicon Valley, cristallise bien des préoccupations sachant qu’elle a été créée par Ray Kurzweil et qu’elle est soutenue par la Nasa et Google. L’image de Big Brother réapparaît donc, comme à travers l’ouvrage Google Démocratie coécrit par David Angevin et Laurent Alexandre évoquant thérapies géniques et intelligence artificielle. Au-delà de l’e-surveillance, le projet de faire de Google le « troisième hémisphère de notre cerveau » interpelle Jean-Christophe Féraud sur son blog qui craint qu’une telle intelligence artificielle génère des « hommes diminués ».

Aussi louable soit-elle, la libération de l’homme par la technologie n’est pas une fin en soi. L’enjeu est de poser les limites de l’amélioration, pour ne pas tomber dans un engrenage d’altération de la condition humaine. En bref, il s’agit de trouver un équilibre entre bénéfices retirés et préoccupations éthiques. Le sociologue Antonio Casilli se veut rassurant : « il ne faut pas faire d’amalgame entre le désir de perfectibilité du corps répandu chez les transhumanistes et l’eugénisme ». Au contraire, Francis Fukyama connu pour ses thèses sur la fin de l’histoire, attire l’attention sur le fait que « la première victime du transhumanisme sera peut-être l’égalité ». Des anticipations qui incitent à garder le contrôle des technologies pour que l’humanité ne cause pas sa propre perte.

Crédit photo : Flickr – CC – patriziasoliani

Plus :
La déclaration transhumaniste
Site de l’association française transhumaniste Technoprog !
Site de Humanity+

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One comment

  1. leo75005 /

    A l’occasion de la diffusion d’Un monde sans humains (dernière diff le 22 novembre à 11h sur Arte), un site dédié a été lancé : RESISTANCE-2031.COM
    http://resistance-2031.arte.tv/

    Le visiteur est accueilli par ces mots étranges qui lancent la version webdocumentaire d’Un mondes ans humains : « Ma voix ne vous dit rien, vous ne me connaissez pas encore. Moi je vous connais. Ma voix vous parvient par saut quantique, depuis un futur post-humaniste. Vous doutez de la réalité, votre inconscient, lui, m’entend déjà. Le cataclysme global a finalement eu lieu en 2031, après l’avènement de la singularité, après la fusion homme-machine. Rassurez-vous, certains devraient pouvoir survivre, mais votre destin d’humain n’est pas encore complètement tracé. Vous pouvez encore en changer le cours. Il vous suffit d’ouvrir les yeux et de prendre conscience de ce qui se joue, là, maintenant, à votre époque, dans votre vie. Ne doutez plus. Ouvrez votre esprit, votre coeur, et suivez-moi. Ayez confiance ! »