Les Atelières, un atelier de luxe créé grâce aux dons

Les Atelières, un atelier de luxe créé grâce aux dons

31 Jan 2013

Vanté comme un modèle du Made in France, l’entreprise des ex-Lejaby est aussi un bel exemple de réussite du crowdfunding. La société s’est en effet construite notamment grâce à des dons, preuve du potentiel de ce type de levée de fonds.

« Aller voir les banques ça n’aurait pas marché » ! Voilà le constat fataliste de Muriel Pernin en janvier 2012 lorsqu’elle monte son collectif les Atelières. Son but est alors de maintenir dans l’emploi des anciens salariés de Lejaby, tout en préservant leur savoir faire en matière de lingerie/corseterie. Plutôt que de solliciter un prêt, elle lance donc une souscription à 10€ pour financer son idée de nouvel atelier. Une « somme modeste » mais qui a l’avantage d’être « abordable pour le plus grand nombre ». Résultat, ce sont 85 000€ qui sont collectés par ce biais ! En parallèle des investisseurs se manifestent, apportant entre 5 et 20 K€ pour un total de 185 000€.

Un afflux de dons… par la poste !

Outre les fonds, ce mécanisme de crowdfunding a permis de « donner une visibilité » au projet. Par la suite, il a également pu bénéficier de subventions publiques. De quoi couvrir largement les 200 à 300 K€ estimés au départ pour lancer l’entreprise. Le pari de l’ancienne journaliste a donc été de miser sur les foyers modestes, qui « ne cherchent pas de déduction fiscale ». Dans sa logique, « ceux qui donnent ne sont pas les riches » et les faits lui donnent plutôt raison. La Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) a en effet perçu autour de 9 000 dons, dont 10% par le web. Ces « bienfaiteurs des Atelières » bénéficieront d’une plaque de remerciement, une réflexion étant en cours « pour faire vivre cette communauté ».

Point particulier, elle ne s’est pas constituée via une plateforme existante de crowdfunding. Un choix stratégique que Mme Pernin justifie par la volonté de « piloter notre opération ». La souscription était alors possible via le site de la société ou par envoi de chèque. C’est ce dernier mode qui a le plus largement fonctionné. Une preuve que le don par Internet n’est pas encore entré dans les mœurs, ce qui explique peut-être la faible proportion du crowdfunding en France par rapport aux Etats-Unis. L’initiatrice des Atelières se garde bien de porter un jugement : « je ne donne pas de leçon ». Elle avoue simplement que « ce mode de financement était intéressant car il a permis d’avoir une dimension nationale », avec un passage par les différents médias.

Stimuler l’envie d’entreprendre

La sensibilisation par voie de presse aurait donc également un rôle à jouer, dans la réussite de ce type de projet. Muriel Pernin y voit aussi une autre raison : l’absence d’un « esprit d’entreprise dans notre pays » qui selon elle « n’a jamais existé ». Elle estime pourtant que « l’économie doit être l’affaire de tous », y compris des plus modestes. Les témoignages de sympathie ont d’ailleurs afflué pour souligner la satisfaction de pouvoir agir directement « pour une entreprise », y compris « à fonds perdus » ! La souscription se poursuit toujours jusqu’à l’été prochain, afin d’apporter du matériel complémentaire et d’entretenir « le lien avec les français ».

Les premières commandes devraient bientôt être honorées, les 26 salariés ayant déjà un engagement ferme de la Maison Lejaby, de Zahia Couture et d’une troisième maison. Une preuve qu’il y a « un marché sur le Made in France » pour la PDG des Atelières, à condition « qu’il soit sur le haut de gamme ». Cette aventure montre également que le financement participatif a de l’avenir dans l’Hexagone. Il devra pour cela faire la pédagogie de son mode de fonctionnement. Car si les donateurs ou les investisseurs sont nombreux, leurs usages n’ont pas encore migré de façon massive vers les plateformes en ligne.

Plus :
Le site des Atelières
Les Atelières se battent pour la lingerie Made in France, sur leMonde.fr

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