« Les titres de la PQR doivent se diversifier »

« Les titres de la PQR doivent se diversifier »

8 Jan 2013

Le groupement de scientifiques M@rsouin a analysé le passage de la Presse quotidienne régionale au multisupport. Coordinateur du réseau, Sylvain Dejean revient à cette occasion sur les évolutions de la presse locale, qui se traduirait moins en terme d’activité que de culture d’entreprise.

Le Mag : Quelles sont les mutations que vous avez observé dans la PQR ?

Sylvain Dejean : Les mutations sont plutôt « forcées » par le contexte économique de la presse. Même si la PQR en général (et la PQR bretonne en particulier) a une vraie culture de l’innovation, ces dernières années les changements ont été guidés par la volonté de compenser la baisse du lectorat papier. La généralisation de la présence en ligne, le tâtonnement pour trouver le bon modèle d’affaire (gratuit financé par la pub, payant, paywall etc..), l’investissement dans les nouveaux supports (smartphones, tablettes), l’utilisation des internautes pour enrichir le contenu, ou encore l’open data et la data visualisation sont probablement les mutations les plus importantes que la PQR ait jamais connu.

– A quel point les rédactions sont-elles effectivement passées à du multisupport ?

C’est très variable d’un titre à l’autre, les PQR bretonnes sont plutôt précurseurs en la matière donc pas forcement représentatives des autres titres de PQR française. Les processus qui conduisent les rédactions à se transformer sont complexes, longs, parsemés de tentatives infructueuses, je ne peux que renvoyer les lecteurs à l’article de Denis Ruellan et Joël Langonne qui fait suite à un projet que le Gis M@rsouin a conduit pour le ministère de la culture.

– Qu’est ce que cela change pour les journalistes et pour le lecteur ?

Pour l’usager comme le journalisme, Internet et les nouveaux supports ont changé beaucoup de choses. On peut voir la PQR comme un « bundle », un panier de biens composés d’information Sylvain Dejeannationale/internationale, d’information locale/micro-locale et d’information dédiée aux services (petites annonces, programme TV, avis de décès…). Avant internet le lecteur devait acheter tout le « bundle » et la PQR bénéficiait d’une forme de monopole géographique. En ligne tout change le « bundle » éclate je peux lire l’information locale à un endroit, l’information nationale sur lemonde.fr ou le site du NY times, les petites annonces sur Ebay ou le bon coin. La PQR est en concurrence avec l’ensemble des nouveaux médias, elle doit donc se différencier et se diversifier, être présent sur les nouveaux canaux, adapter son contenu rédactionnel et accepter que les lecteurs puissent interagir avec le media et ne plus le consommer passivement.

– Quelles sont les bonnes pratiques ? Les transformations ou expérimentations réussies ?

C’est difficile de parler de bonnes pratiques, les bonnes pratiques sont celles qui permettent aux titres de gagner (ou conserver) des lecteurs et de valoriser leur contenu. Deux choses semblent tout de même s’imposer. Premièrement les titres de la PQR doivent se diversifier, ne plus seulement être des journaux papiers mais de véritables groupes de média et de communication. Prenons l’exemple du Télégramme : aujourd’hui le groupe est actionnaire majoritaire de la première chaine de télévision locale (Tébéo), elle possède des sites de petites annonces (immo-ouest, régionsjob), des magasines et des journaux professionnels (Bretagne, le journal des entreprises), organise des événements sportifs de premier plan (route du rhum) et est même opérateur de téléphonie mobile. À ma connaissance ces activités représentent aujourd’hui plus du tiers du chiffre d’affaire du groupe. Pour toutes ces activités, le groupe s’appuie sur son cœur de métier, l’information locale.

Cela nous amène au deuxième point, si comme on l’a vu la presse nationale, les blogs et les pure players sont devenus des concurrents de la PQR sur Internet, l’expertise locale, la connaissance du territoire et de ces habitants reste l’apanage de la presse régionale. Même si l’on voit apparaître de nouveaux médias citoyens spécialisés dans l’information locale et micro-locale, la PQR reste la mieux placée pour s’approprier en ligne tout ce qui peut être dit, décrit, commenté sur un territoire (voir l’enquête M@rsouin sur la PQR à l’heure du numérique ), cela nécessite d’être présent sur l’ensemble des supports, sur les réseaux sociaux mais aussi de faire évoluer le métier de journaliste et les pratiques rédactionnelles

– Comment voyez-vous la PQR dans 5 ou 10 ans ?

Dans 10 ans, je pense que le secteur de la PQR sera plus concentré avec un voire deux titres par région. L’essentiel de l’information locale et surtout microlocale passera par le web, les réseaux sociaux et sera en grande partie « crowdsourcé » par les citoyens ou groupe de citoyens. Le rôle des presses régionales « survivantes » sera d’agréger habilement ces ressources et de les mettre en résonance avec les activités commerciales et servicielles du territoire.

Plus :
L’article de M@rsouin sur le journalisme multisupports

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