Révolution numérique au cinéma : « On s’est fait enfumer » !

Révolution numérique au cinéma : « On s’est fait enfumer » !

18 Fév 2013

Le festival Travelling débute mardi 19 février, avec pour destination cette année Edimbourg et Glasgow. L’occasion de faire le point avec Guillaume Fournier, assistant artistique et responsable technique du festival, sur la révolution que vit le cinéma, aussi bien sur la diffusion en salle qu’à la maison.

Le Mag : Que change le numérique pour le cinéma ?

Guillaume Fournier : Nous en tant qu’événement, on a acquis de la souplesse par rapport à la diffusion. Car l’avantage qu’a le numérique par rapport à l’argentique c’est que les technologies normées du cinéma sont accessibles. Aujourd’hui, il y a des logiciels qui permettent d’encoder la norme de cinéma DCI, qui permet de diffuser des contenus dans les cinémas qu’on ne pouvait pas diffuser avant.

Cependant, je ne suis pas sur que les spectateurs aient conscience de l’impact que ça a pu avoir, d’une part sur l’industrie, d’autre part sur l’exploitation classique. Les premiers ont réduit leurs frais de manière conséquente. Tout est numérisé sur des disques durs, voire dématérialisé. Cela se télécharge par le web ou par satellite. Il n’y a plus de stockage, si ce n’est des téraoctets de données.

Par rapport à ça, on s’est fait enfumer. L’industrie a réduit le coût d’exploitation des films et pour autant on n’a pas vu les prix baisser sur les places de cinéma. On ne nous a pas expliqué comment allaient être réparties les économies qui ont été faites. C’est une économie compliquée, comme on l’a vu dans l’article qui a fait polémique (voir tribune de Vincent Maraval, « Les acteurs français sont trop payés ! »).

L’apport du numérique pour le spectateur est complètement nul en terme de contenu. On ne voit pas la différence entre une copie 35mm et une copie numérique.

Comment doivent évoluer les offres de distribution des films ?

En terme de distribution, il y a un souci financier tout bête : c’est l’accès aux œuvres de patrimoine, quand il n’y a plus de support physique pour le diffuser ou plus de droits. Il y a aussi le bon côté des choses, à savoir des distributeurs qui font un boulot génial. Ils mettent de l’argent sur des vieux films dont les supports sont complètement morts. C’est un travail de restauration de fou. Après il y a le troisième cas du film introuvable, où là vous êtes obligés de contacter directement l’ayant droit.

En ce qui concerne la VOD, moi je trouve ça très bien vu les progrès techniques qu’on a fait aujourd’hui sur les équipements grand public. Vous pouvez maintenant voir un film en HD chez vous. Cependant, même si je ne connais pas bien le sujet, je trouve que les tarifs qui sont appliqués sont prohibitifs.

Pour vous, cela a-t-il un lien avec le téléchargement illégal ?

L’industrie du disque s’est complètement plantée la première, en pratiquant des tarifs rédhibitoires. Dans le cinéma, on avait donc ce recul là. Pourtant on refait les mêmes conneries que les Majors de la musique, en adaptant pas les offres et en pratiquant des tarifs prohibitifs. Un film qui a 30 ans, qui a tourné, qui est amorti 20 fois, de le retrouver à 5€, je ne vois pas vraiment l’intérêt. Où veut-on en venir ?

Comment voyez-vous le cinéma dans 5 à 10 ans ?

Les cinémas se diversifient. On a des retransmissions d’Opéra au Gaumont par exemple. J’ai peur que l’industrie cinématographique ne se diversifie un peu trop et se perde dans des prestations plus généralistes. Aujourd’hui, monter un cinéma « Art et Essai », ça me parait très compliqué.

On est sur une technologie assez versatile et on norme de plus en plus. Les distributeurs sont obligés de s’adapter, ça coûte de l’argent. Il y a une course vers plus de résolution, plus de tout… Au final, on sécurise beaucoup, avec une souplesse de support, mais on ne peut pas faire ce qu’on veut techniquement, car c’est verrouillé.

On a aussi l’exemple simple de grands groupes qui pensent que le boulot de projectionniste ne sert à rien. On a désormais des Théâtre management system (TMS), des ordinateurs qui pilotent à distance des serveurs et des projecteurs. Certains pensent que comme c’est un boulot qui ne nécessite qu’une programmation, comme une playlist, le cinéma peut fonctionner tout seul et donc que le boulot d’opérateur n’a plus lieu d’être. Alors que c’est un vrai travail de faire une séance ! Globalement, il y a une véritable évolution de l’approche de l’exploitation.

Crédit photo : © alphaspirit – Fotolia.com

Rendez-vous :
Travelling organise un débat dans le cadre de son festival autour de la révolution numérique au cinéma.
Vendredi 22 février à 12h30 à la Cantine numérique.
Inscription auprès du festival au Liberté.

Plus :
Présentation du Théâtre management system
Tribune de Vincent Maraval, « Les acteurs français sont trop payés ! »

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