3 revues numériques qui révolutionnent la bande dessinée

3 revues numériques qui révolutionnent la bande dessinée

30 Oct 2013

Une BD qui bouge, est-ce encore de la BD ? C’est, en substance, la question qui hante l’esprit du spectateur de la conférence sur la bande dessinée numérique, qui avait lieu samedi au festival Quai des Bulles de Saint-Malo.

Parmi les invités, les magazines Professeur CyclopeLa Revue Dessinée et Nemo.

Point commun ? Ces pionniers testent de nouvelles façons de lire les bandes dessinées. Nous en avons sélectionné quelques exemples, qui vont du simple GIF animé jusqu’au documentaire dessiné.

Les BD « powerpoint »

Au commencement, il y a une case de BD. Quand on clique dessus, une autre case apparaît à côté et nous donne un éclairage nouveau sur la première scène.

On clique encore une fois. L’expression d’un personnage change brusquement. Une bulle apparaît. La scène se remplit au fil de nos clics. Impossible de savoir où on va.

Le tout fait penser aux diapos Powerpoint (en beaucoup moins barbant) et s’appelle Le sourire de Rose, par  Sacha Goerg, publié dans Professeur Cyclope.

« On ne veut pas aller trop loin, au risque de faire du sous dessin animé », prévient Gwen de Bonneval, directeur éditorial de cette revue qui regroupe des auteurs avides de sortir des cases. Le futur Metal Hurlant des tablettes ?

Ce type de médias rencontre deux principaux obstacles : trouver comment rémunérer des auteurs du numérique qui ne fonctionnent pas « à la planche », et inventer des applis dont l’abonnement sera compatible avec les règles de constructeurs (comme Apple).

Pour l’heure, Professeur Cyclope est « freemium » : une partie du magazine n’est accessible qu’aux abonnés (33€ par an), qui peuvent par ailleurs accéder aux anciens numéros. Ils seraient 1000 à avoir déjà craqué pour ce véritable laboratoire, soutenu par Arte.

Du son, des vidéos…

La chaîne culturelle s’intéresse de près à la bande dessinée numérique. Elle a déjà épaulé la BD interactive Anne Franck au pays du manga. Certaines cases sont animées et « augmentées » de commentaires audio, de vidéos… Est-ce encore de la BD, ou le dessin n’est-il qu’un média parmi tous ceux qui composent le cocktail de ce webdocumentaire ?

Le reportage BD, c’est le credo de La Revue Dessinée : Olivier Jouvray et David Servenay, membres de l’équipe, explique que, chaque mois, les lecteurs peuvent retrouver sur leur tablette les reportages dessinés publiés dans la revue, enrichis de sons ou de vidéos.

Le canevas infini

A bas les bordures ! Plus d’écrans fixes à faire passer les uns après les autres ! Les BD à canevas infini utilisent le défilement de l’écran pour raconter l’histoire.

Résultat : une très, très grande case dans laquelle on descend, descend… les notions d’espace et de temps se mélangent, évoquant une longue chute, jusqu’au point final. Le procédé a été utilisé par plusieurs auteurs, comme Saturnome ou Boulet.

Les cases animées

Boulet a également fait le buzz ces dernières semaines avec sa planche « Notre Toyota était fantastique », qui s’inscrit dans le style « cases animées ».

Moitié BD, moitié GIF, ces hybrides semblent sortis de Harry Potter : les cases restent à leur place, mais comportent des éléments qui bougent en boucle, comme l’éclairage.

Le procédé ne fait pas l’unanimité. Pour Alain Korkos, d’Arrêt sur Images, la BD classique a depuis longtemps appris à retranscrire le mouvement sans user de ces artifices.

L’histoire dont vous êtes le héros

Si les BD dont on est le héros existent depuis longtemps, le format papier limite leur taille ainsi que la capacité à revenir en arrière. On trouve des version en ligne affranchies de ces handicaps, comme A Duck Has An Adventure (en anglais).

On est alors un peu comme dans un jeu vidéo statique, qui rappelle l’époque de Dragon’s Lair. Une comparaison qui sera reprise au cours de la conférence.

Pour Guillaume Chifflot, du magazine Nemo, « la BD digitale est la rencontre de trois mondes » : le dessin, l’animation (pour le mouvement) et le jeu vidéo (pour l’interactivité). A l’artiste de choisir où il veut se situer entre les trois.

Mise en page animée

Sur le blog de Nemo, on trouve ainsi Justices, un mélange de Punisher et de Sin City. C’est une succession de planche fixes dans lesquelles les cases et les onomatopées s’affichent automatiquement. Les personnages ne bougent pas, mais les traits de mouvement, oui. Cette succession de plans rappelle les dessins animés japonais, qui marchent à l’économie.

« Un des arts les plus secrets de la BD, c’est la mise en page », sourit Guillaume Chifflot. Et de conclure : « Ce qui arrive à la BD, ça arrive dans tous les domaines ».

On ne peut s’empêcher de repenser à La Revue Dessinée et au monde du journalisme. Et si la presse en crise, malade de son Internet, s’inspirait des revues de BD pour se renouveler ?

A vous !

Difficile de citer toutes les facettes de la BD numérique, un genre en pleine explosion ! Une œuvre vous a marqué par son originalité (navigation au zoom, narration participative…) ? Partagez le lien dans les commentaires !

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