Alcatel-Lucent : un bras de fer engagé autour du site rennais

Alcatel-Lucent : un bras de fer engagé autour du site rennais

10 Oct 2013

L’entreprise a annoncé hier les détails de son plan de pérennisation. Conséquence : l’implantation rennaise doit disparaître. Une solution que refuse le Maire de Rennes, qui souhaite rencontrer la direction.

« Nous allons changer Alcatel-Lucent ». Ces paroles, Michel Combes, directeur général de la société, les a prononcées le 19 juin 2013, à l’occasion d’une première présentation du Shift Plan. Ce programme de restructuration de l’entreprise vise à la faire passer « d’un équipementier télécom généraliste à un spécialiste des réseaux internet (IP), du Cloud et de l’accès très haut débit ». Une transformation qui vise à endiguer les pertes de ce géant du numérique estimées à « 800 millions d’euros par an » pour une dette de 5,7 milliards au total. Shift prévoit donc une réduction des coûts d’un milliard d’euros d’ici à 2015. On sait, depuis hier, qu’il se traduit par une réduction d’effectifs de 10 000 personnes à l’échelle mondiale, dont 900 en France.

Transfert vers Lannion ?

Mais la principale information pour l’Ouest était l’annonce de la fermeture du site de Rennes, en même temps que celui de Toulouse. Une décision qu’Alcatel-Lucent, par la voix de Soazig Lamandé, justifie par le fait qu’il s’agit des « deux plus petits sites » parmi les 13 que compte la France. Le pôle rennais n’emploie en effet plus que 110 personnes, alors qu’il en comptait encore le double en 2007, d’après le syndicat CFDT. Ce dernier, à travers son représentant Jacques Godineau, s’est déclaré « en colère » et ne « comprend pas cette décision ». Il estime notamment que ce n’est « pas parce que le site est plus petit qu’[il] ne travaille pas avec l’étranger ».

Pour autant, Alcatel-Lucent se veut clair : « la fermeture ne veut pas dire que les emplois de Rennes sont supprimés ». Le plus probable est qu’ils soient redéployés vers Lannion, dont le site de 700 personnes se trouve renforcé par la nouvelle stratégie de l’entreprise. Les postes supprimés dans l’Hexagone doivent toucher « les fonctions support, administratives et commerciales », alors que Rennes compte 95% d’ingénieurs. M. Godineau se montre lui sceptique sur ce point car il n’est « pas sûr que tout le monde ira à Lannion ». Il pointe d’ailleurs les avantages à rester dans la capitale de la Bretagne car « les salaires rennais ne sont pas ceux de Paris » et il sera « plus facile d’attirer des jeunes sur Rennes que sur Lannion ».

Le début des négociations

Les réactions politiques n’ont évidemment pas tardé. La Députée d’Ille-et-Vilaine Nathalie Appéré a ainsi pointé une « volonté (…) paradoxale, au moment même où Rennes (…) pose la première pierre de B-Com ». De son côté, Daniel Delaveau, Maire de Rennes et Président de Rennes Métropole, se dit « déterminé à tout mettre en œuvre pour qu’Alcatel-Lucent maintienne son site dans notre agglomération ». Il doit maintenant engager une concertation avec la Région et le Département pour voir quelles actions mettre en œuvre. L’opposition municipale, par l’intermédiaire de Bruno Chavanat, n’a pas manqué de demander si « la ville de Rennes et Rennes Métropole ont (…) pris la mesure (…) des défis qui nous attendent ? », souhaitant même voir le territoire « se battre davantage ».

Du côté des salariés en tout cas, « on démarre le combat ». Les personnels de Rennes ont été reçus par Daniel Delaveau, mercredi 9 octobre à 16h. Ils souhaitent ensuite rencontrer le Président de Région pour engager, en compagnie de ces deux collectivités, « un processus de négociation ». Dans ce domaine, Alcatel-Lucent renvoie vers « les discussions avec les partenaires sociaux » qui doivent s’ouvrir « les 23 et 24 octobre » prochains. L’entreprise assure aussi qu’on « va travailler à chercher des solutions absolument ». Pas sûr que cela suffise à satisfaire les salariés, qui seront peut-être bientôt rejoints par ceux de Renesas Design France, qui doit également fermer son site rennais.

En vidéo
A Rennes, la stupéfaction des salariés recueillie par l’AFP :

Arnaud Montebourg réagit à cette annonce à l’Assemblée nationale :

La réaction de Jean-Marc Ayrault mercredi 9 octobre 2013 sur Europe 1 :

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