Côtes d’Armor : les données libérées !

Côtes d’Armor : les données libérées !

16 Déc 2014

Lancement d’un portail Open Data le 12 décembre, suivi d’un Hackaton pour exploiter la matière à disposition… Les Côtes d’Armor, avec quatre autres structures publiques du département, rejoignent le groupe de tête des collectivités qui ouvrent leurs données.

« On s’est d’abord lancé avec l’approche tuyaux« , se souvient Claudy Lebreton. « Puis on a compris qu’il fallait penser usages du numérique plutôt que technique. Voilà comment nous en arrivons, aujourd’hui, aux données … Les données du territoire !« . Le président du Conseil général des Côtes d’Armor introduisait ainsi l’événement organisé à l’Espace Sciences et Métiers, en périphérie de Saint-Brieuc, pour le lancement officiel du portail Dat’Armor. La journée était animée par Aymeric Poulain Maubant, de Nereys.

Simon Chignard, data editor pour la Mission Etalab de modernisation de l’action publique, commençait par préciser le contour de l’Open Data. Une donnée est un fait mesuré et en aucun cas une interprétation. Elle est véritablement ouverte s’il n’existe aucune barrière technique (par exemple le format), juridique et économique (le prix), qui en limite l’accès. L’objectif est de réunir toutes les conditions pour que cette donnée puisse être réutilisée et il ne faut pas, a priori, « préjuger des réutilisations qui seront faites« .

Un enjeu pour la citoyenneté

Le cadre étant posé, une première table ronde questionnait les enjeux de l’Open Data pour la citoyenneté et la modernisation de la fonction publique. Pour Michel Briand, membre du Conseil National du Numérique, l’intérêt est dans la création de services autour de la donnée. « Ouvrir, c’est faire confiance et donner des possibilités d’innover« . Mais quelles doivent être les sources de données ? Les institutions et les entreprises, certes, mais aussi les citoyens eux-mêmes à l’exemple de FixMyStreet qui permet d’accélérer la résolution des problèmes de voirie grâce aux contributions des habitants.

Bernadette Kessler, responsable du service innovation de Rennes Métropole, lance un avertissement. « Ce n’est pas parce qu’on a ouvert un portail que le travail est fini. Il ne fait que commencer ! » Puis elle revient sur sa propre expérience : l’ouverture des données est une interrogation permanente sur l’action publique, « qu’est-ce qu’on sait de notre environnement ? » D’après elle, c’est d’abord la collectivité qui est le premier bénéficiaire de l’opération : « Faites de la qualité, pour que les données parlent aux gens. »

Vient le point du vue du chercheur, avec Maurice Baslé, professeur à L’Université de Bretagne Sud, pour qui « on manque de données pour suivre l’action publique« . Pour lui, l’Open Data est la première pierre de l’Open Gov, que l’on peut traduire par « transparence des institutions » ou, plus précisément, par « intelligence territoriale au service du public et des élus« .

Le témoignage qui suit est passionnant. Mohammed Trojette est magistrat à la Cour des comptes et auteur d’un rapport sur les données publiques. Il a également des liens familiaux très étroits avec la Tunisie où il a vécu quelques années et connu « l’époque Ben Ali« . Il existe dans ce pays une soif de liberté d’expression et d’accès à l’information, car la société civile semble être « le seul rempart contre le retour d’un régime autoritaire« . La transparence est inscrite dans la nouvelle constitution mais les institutions trainent les pieds pour l’appliquer. Si bien que ce sont des associations citoyennes qui prennent le relais pour transformer les documents publiés en données exploitables et accessibles à tous. En France, l’association Regards Citoyens travaille également dans ce sens.

La contribution citoyenne est au centre de la discussion qui s’installe.  On parle d’Info Labs qui doivent sensibiliser le grand public et l’aider à se former à accéder, produire et réutiliser les données. Un exemple édifiant de contribution citoyenne : des bénévoles munis de GPS dressent une cartographie de l’accessibilité des lieux publics aux personnes handicapées, données qui peuvent à la fois déboucher sur un service et être utilisées comme outil par les pouvoirs publics.

Et un enjeu de développement

La seconde table ronde s’intéressait à l’Open Data en tant qu’enjeu de développement territorial et économique. Par ses intervenants venus du monde de l’entreprise, elle prenait aussi une forte coloration Big Data.

Franck Mosser est le directeur général de MGDIS, une société qui fournit des solutions informatiques aux collectivités locales, y compris en matière d’ouverture des données. L’entrepreneur milite pour des formats de données ouverts et réutilisables. Il parle de « contrats de services publics« . Avec la standardisation des formats « on libèrera de l’énergie pour se consacrer à l’émergence de nouveaux usages« .

Claire Gallon, de l’association LiberTIC, estime que l’ouverture des données s’applique aux institutions mais également aux sociétés privées : « Combien d’entreprises disposent de données qu’elles ne savent pas valoriser. » Elle cite l’exemple du site de covoiturage BlabBlaCar dont les données sont d’excellents indicateurs pour anticiper les pics de trafic routier.

Le dirigeant de la startup lannionnaise PredicSis, Jean-Louis Fucellaro, explique quant à lui comment l’intelligence artificielle et le « machine learning » accélèrent le traitement des données massives et le croisement de sources hétérogènes. PredicSis dispose des outils pour traiter une variété de jeux de données en un temps record.

Quant à Mathias Herberts, co-fondateur de Cityzen Data, il sollicite les collectivités locales pour qu’elles fassent de leurs territoires « des terrains de jeu pour de l’expérimentation« . Pour le Brestois, spécialiste du traitement de données massives issues de capteurs, ce serait un moyen, bien moins coûteux que des subventions, d’aider les entreprises à exister « autour de la donnée » dans un partenariat « gagnant-gagnant« .

Pour prolonger ces tables rondes et l’ouverture du portail Dat’Armor, un marathon numérique (hackathon) était organisé tout le week-end, du 12 au 14 décembre. L’objectif ? Proposer des projets de logiciels ou d’applications concernant les Côtes d’Armor à partir des données du département. Le hackathon était organisé par l’association la:matrice de Saint-Brieuc dont l’animateur, Ludovic Arnold, avait estimé au cours des débats qu’il faut « faire vivre l’Open Data dans l’interaction avec le citoyen« .

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