Mathias Herberts : le Big Data, « une vague de fond »

Mathias Herberts : le Big Data, « une vague de fond »

4 Déc 2014

Ancien du Crédit Mutuel Arkéa et passé par la case Google, Mathias Herberts est l’un des grands experts du Big Data en France. Aujourd’hui, il est co-fondateur de Cityzen Data, une startup brestoise dont la plateforme est taillée pour analyser des données, par milliards, issues de capteurs connectés. [Parole d’expert]

Traiter les données n’est pas nouveau. Avec le Big Data, qu’est qui change ?

Mathias Herberts. Ce qui change, c’est le volume de données traitées. Et dans des proportions telles que les outils traditionnels deviennent totalement inopérants. Prenons l’exemple d’une banque, le Crédit Mutuel Arkéa que je connais bien. En 2000, les journaux des requêtes en ligne sur un mois tenaient sur un CD. En 2013, une heure des mêmes journaux ne tient plus sur un DVD. Et ces données sont aujourd’hui au cœur de l’activité de la banque. C’est tout l’enjeu du Big Data : se confronter au volume et à la complexité de l’information pour en tirer de la valeur.

C’est aussi un autre point de vue sur les données ?

MH. Le Big Data est caractérisé par une démarche exploratoire : je dispose d’une énorme quantité de données, j’ai des outils pour les manipuler, je vais explorer ces données sans savoir a priori ce qui va en résulter. On applique aux données des méthodes d’analyse statistique et d’apprentissage automatique pour découvrir un signal ou une tendance que l’on n’avait pas forcément imaginé. C’est cette démarche qui est nouvelle : manipuler les données dans tous les sens, les croiser avec d’autres sources et observer ce qui en sort.

Quels sont les champs d’application ?

MH. C’est très vaste. Prenons le domaine de Cityzen Data, qui est celui du machine data. Nous opérons une plateforme dédiée aux données issues de capteurs. À l’origine, il s’agissait de répondre aux problématiques du textile intelligent : le sport, la santé, le bien-être… Aujourd’hui, nos clients proviennent bien-sûr du textile, mais aussi de secteurs aussi variés que le trading à haute fréquence, l’aéronautique, les télécommunications, etc.

Par exemple, nous faisons de la maintenance prédictive : nous observons un ensemble de capteurs, puis nous construisons des modèles de comportement, ce qui permet de détecter une anomalie et anticiper une panne. Il vaut mieux effectuer une opération de maintenance en prévention plutôt que d’intervenir en urgence parce qu’il y a blocage de la production. Et ce principe, il peut s’appliquer à un système informatique aussi bien qu’à n’importe quel processus industriel.

Quels seront les impacts du Big Data ?

MH. Le Big Data est à coup sûr une vague de fond. J’en ai acquis la certitude dès 2008 en travaillant pour Google et en étant confronté à un environnement d’entreprise où le positionnement de la donnée est hors du commun. J’en suis revenu avec la conviction qu’on pouvait s’inspirer des pratiques mises en œuvre dans le monde de l’internet et les appliquer à d’autres secteurs pour les rendre plus efficaces.

Aujourd’hui, une entreprise doit se structurer autour de ses données. Il est important de se rendre compte que c’est le cœur de métier de toutes les organisations qui en train de changer, une autre façon de percevoir le business. Et ce serait une erreur de ne pas en tenir compte dans sa stratégie.

Dans la compétition autour du Big Data, comment se situe-t-on localement ?

MH. Nous avons en Bretagne énormément d’atouts, avec à la fois des startups et des secteurs économiques historiques qui doivent aujourd’hui se réinventer. On peut citer le secteur maritime avec le suivi des ressources et les énergies marines renouvelables, une partie de l’industrie de la défense, l’agriculture, où les données peuvent jouer un rôle considérable.

Sur l’agriculture, en particulier, il existe énormément d’opportunités. Il ne s’agit pas d’une simple adoption du numérique, mais d’un approche nouvelle : une « Smart Agriculture » basée sur l’analyse de données. Pour cela il faut réussir à mettre en relation une industrie centenaire avec des startups qui ont une vision numérique dans une logique de co-création de services. Avec l’agriculture et l’élevage, nous disposons ici d’un formidable territoire d’expérimentation.

 

Plus sur Cityzen Data : www.cityzendata.com

Suivre sur Twitter : @CityzenData

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