Numérique & Mer, un mariage prometteur

Numérique & Mer, un mariage prometteur

8 Déc 2014

Quand le numérique se met au service d’applications maritimes, il est spécifique car adapté aux contraintes de l’environnement marin. Retour sur la Technoférence « Numérique & Mer » du 4 décembre qui faisait une large place aux drones sous-marins et aux communications dans la course au large.

Explorer une thématique et susciter des idées de projets, tel est l’objectif des Technoférences Images & Réseaux. La onzième édition du 4 décembre, à Brest, organisée conjointement avec le pôle Mer Bretagne Atlantique était aussi placée sous le signe du partenariat et du croisement de filières. En introduction, Jean Le Traon, pour Images & Réseaux, et Stéphane Alain Riou, pour Mer Bretagne Atlantique, ont chacun à leur tour indiqué quelques pistes de collaborations possibles : l’énergie, le véhicule connecté et l’environnement dans leurs déclinaisons maritimes, et puis la sécurité et la sûreté en mer, le navire du futur, l’e-navigation…

La première partie de la matinée se focalisait sur les drones et capteurs embarqués avec quatre présentations.

Des robots sous-marins en meute

Premier à intervenir, Benoït Zerr, enseignant-chercheur à l’ENSTA, exposait ses recherches sur la réalisation de missions sous-marines par coordination d’un groupe de robots. Il commence par préciser que le robot sous-marin autonome « est de plus en plus utilisé« , pour des travaux de cartographie, de déminage, de recherche d’épaves. Puis il expose les avantages à travailler avec un groupe coordonné de robots. Par exemple, l’un d’entre eux resté en surface permettra au groupe de bénéficier de communications radio et de positionnement GPS inaccessibles sous l’eau. L’autre avantage, car le risque de perdre un engin n’est pas négligeable, chacun des robots du groupe est petit et donc moins cher. Le chercheur pointe deux axes de progrès à réaliser : l’amélioration des stratégies de coopération entre robots et la réduction du coût unitaire.

Un nouveau sonar pour chasser les mines

Qui dit robots, dit capteurs pour se guider et travailler. Jean-Philippe Malkasse, de Thales, présentait les premiers résultats en mer d’un nouveau sonar à ouverture synthétique (SAS : Synthetic Aperture Sonar). Il est conçu pour équiper les drones sous-marins chasseurs de mines. L’intérêt de ce sonar : il produit simultanément plusieurs images des potentiels UXO (Unexploded Ordnance) rencontrés. Ce qui augmente significativement les performances en analyse automatique des images et classification des objets repérés. L’augmentation de la précision de l’imagerie est notamment poussée par l’apparition de « nouvelles menaces » qui sont maintenant « plus petites et plus furtives« .

Surveillance et caractérisation des fonds marins

Les robots sous-marins sont également d’excellents agents de sécurité. Sébastien Tauvry, d’ECA Group, présentait un cas concret d’utilisation d’un véhicule sous-marin autonome pour surveiller une zone portuaire. Équipé d’un sonar et d’un capteur vidéo, le robot couvre la zone en effectuant périodiquement le même parcours. Il détecte un élément nouveau, potentiellement dangereux pour l’activité portuaire, par comparaison avec les anciennes campagnes. L’inspection vidéo permet alors d’identifier et de qualifier l’obstacle détecté.

Tout aussi concret, Geoffroy Étaix, de Tellus Environment, expliquait comment sa société réalise des cartographies du sol et du sous-sol en haute définition en amont de travaux maritimes : aménagement portuaire, dépollution de fonds marins, archéologie préventive, etc. L’activité de l’entreprise repose sur une instrumentation innovante et un logiciel de traitement de données, Magsalia, développé par le laboratoire de mathématiques de l’Université de Bretagne Occidentale. Cet outil de post-traitement des données améliore la productivité des campagnes de mesure et augmente significativement la précision des résultats.

Il reste beaucoup à faire

Le débat à suivre démontrait toute la complexité du travail en environnement sous-marin. À commencer par la difficulté à communiquer sans fil. Les transmissions acoustiques sous-marines n’autorisent que de faibles débits et elles interfèrent avec les sonars. Une alternative envisagée : la transmission optique de type Li-Fi pour les communications de proximité. Cette difficulté à communiquer a de nombreuses conséquences : la nécessaire autonomie de l’engin, le manque de référence pour se positionner, l’obligation de traiter les données en local par calcul embarqué… D’autres pistes d’amélioration sont évoquées telles que la miniaturisation de la charge utile embarquée à bord des robots et la réduction de la consommation d’énergie.

La course au large

La Technoférence remontait en surface pour sa deuxième partie consacrée à la course au large. Christian Dumard, dirigeant d’Imagili, une société spécialiste de la diffusion d’images sur le nautisme, commençait par un rapide retour sur l’histoire des communications en mer. De Bernard Moitessier qui transmettait par lance-pierres des messages aux navires de passages aux images HD en direct dans le journal télévisé, il ne se sera passé qu’un peu plus de 40 ans. Quant à l’avenir, « on a toujours du mal à se projeter ». Ce qui est certain, c’est que l’on va vers « une immersion toujours plus grande du spectateur dans l’environnement du marin« .

Gaël Maugis, d’Images & Réseaux, revenait ensuite sur le départ de la Route du Rhum et une expérimentation de télécommunication 4G/LTE menée par Alcatel-Lucent et Crystal Consulting début novembre 2014. Le dispositif a permis aux forces de sécurité et à la cellule de commandement de la course de disposer d’images temps réel à haut débit pour coordonner et sécuriser les opérations alors qu’une foule évaluée à plusieurs centaines de milliers de personnes était massée le long de la côte. Les bateaux de la SNSM étaient équipés du Terminal Marine Stabilisé résultat du projet collaboratif TMS, tandis que les forces de sécurité disposaient de smartphones et tablettes standards. Le tout utilisait une bande de fréquences spécialement allouée pour l’occasion.

La Technoférence était retransmise en direct vidéo à Lannion, Lorient, Rennes, Saint-Nazaire et Saint-Brieuc.

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