Il existe un avenir pour « la bonne 3D »

Il existe un avenir pour « la bonne 3D »

18 Mai 2015

Le projet 3DCA, 3D Confort et Acceptabilité, s’est penché sur le cas de la 3D relief. Si son avenir en tant que média de masse est compromis, d’autres usages subsistent. À condition de respecter des bonnes pratiques que le projet s’est attaché à définir par une approche scientifique.

Le coordinateur du projet, Philippe Gérard, est aujourd’hui établi à Hong-Kong  « parce qu’ici on ne se pose pas les mêmes questions qu’en France et en Europe. On prend la 3D relief pour ce qu’elle est : une belle technologie avec beaucoup d’avantages et simplement quelques inconvénients. » Il a décidé de s’y installer « en trois mois » constatant au cours d’un voyage l’intérêt pour la 3D toujours très vif en Asie. Philippe Gérard est le dirigeant de 3DLized, une société de production de contenus en relief.

Un problème de santé publique

À l’origine du projet 3DCA, un ensemble de besoins : élargir les connaissances scientifiques sur l’interprétation des images par le cerveau, évaluer les impacts sur la santé d’un usage intensif de la 3D-stéroscopique, et en déduire des règles de création de contenus en relief qui suppriment ou limitent les effets secondaires. Le projet a démarré en janvier 2011 à une période où le marché de l’audiovisuel était encore inondé de fantasmes marketing sur la télévision 3D. Avec en perspective un réel problème de santé publique : comment des populations à risque, dont celles souffrant de problèmes de déficience visuelle, allaient-elles réagir à un usage intensif de la 3D ?

C’est finalement le marché qui aura tranché avec l’abandon progressif de la télé 3D. Le projet s’est orienté vers les autres usages et sur les bonnes pratiques de création de contenu. Autour des professionnels de l’image en relief, 3DLized, Doremi et Eyes3Shut,  et de la Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia (Ficam), il réunissait des experts en vision 3D, orthoptie, optique et neurologie issus du laboratoire LaTIM sous la houlette de Télécom Bretagne.

Les tests en environnement clinique ont mis en évidence les facteurs qui agissent soit sur le confort soit sur la fatigue du spectateur.  « Parmi les règles que nous avons identifiées, il y en a qui sont incontournables. Par exemple le décalage vertical entre œil gauche et œil droit est clairement un interdit. Mais il en existe d’autres qu’il ne faut pas appliquer avec trop de sévérité sous peine de nuire à la créativité. Le cerveau dispose d’une certaine tolérance dont il faut savoir jouer mais ne pas abuser. Les enfants qui ont vu la publicité pour Haribo s’en souviendront toujours. Il suffit de les avoir vus se marrer à essayer d’attraper les bonbons qui jaillissent de l’écran pour se dire, ça serait quand même dommage de se priver de ça. »

Gare à l’immersion prolongée

Tout dépend de l’usage. Un clip de quelques minutes conçu avec précautions n’aura pas les mêmes conséquences qu’une immersion régulière et intensive en 3D relief comme c’est le cas d’un jeu vidéo ou encore les usages professionnels qui se multiplient aujourd’hui. « Ce qui fait l’intérêt du relief repose sur une scénarisation de l’histoire que l’on raconte. Il faut prendre le temps d’installer un effet 3D pour qu’il fonctionne correctement et confortablement. Ce qui ne peut pas être le cas d’un jeu vidéo où les événements sont imprévus. Quand on a des lunettes pendant plusieurs heures sur le nez, il faut observer des règles très contraignantes. »

Terminé en juillet 2014, 3DCA a eu l’occasion, en mars dernier, de présenter ses résultats au festival Filmart de Hong-Kong, au cours d’un symposium consacré aux effets spéciaux. 3DLized y présentait aussi un film,  On a Long Breath, dont les effets 3D sont inspirés des conclusions du projet. « Il existe en Chine un appétit pour l’image en relief et des habitudes culturelles très différentes des nôtres. En France, le port de lunettes 3D est un frein majeur. Ici, on porte toute la journée des lunettes sans verres parce que c’est plus joli. »

3DCA en bref

Projet labellisé Images & Réseaux
Durée : 36 mois
Aide au financement : Agence nationale de la recherche (ANR)

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