Le Mulot, réducteur de f(r)acture rurale

Le Mulot, réducteur de f(r)acture rurale

7 Mai 2015

Proximité, confiance, professionnalisme, solidarité: c’est sur ces valeurs que Vincent Haentjens a créé le Mulot, un projet global pour lutter contre la fracture énergétique dans les territoires ruraux.

Lors de sa carrière dans l’énergie dans le groupe pétrolier Total, Vincent a produit « énormément d’innovations pour le groupe » , et puis un jour a voulu innover pour lui.

La difficile transition énergétique rurale

Sa dernière mission au sein de Total portait sur la stratégie de chauffage de l’habitat: « c’était un peu nouveau pour moi, j’avais beaucoup travaillé sur la mobilité et l’énergie, et je suis tombé sur la fracture rurale. » Vincent a alors profité d’un plan de départ volontaire pour lancer son propre projet.

Son constat? « on voyait déjà, il y a six ou sept ans, que les foyers urbains arrivaient très bien à faire la transition énergétique; la densité est telle qu’il y a des réseaux de chaleurs, des transports en commun, des entreprises prestataires… mais dans les zones rurales, on a affaire à de l’habitat dispersé, ancien, et énergivore ; les revenus sont plus faibles, et l’offre d’entreprise pas adaptée. »

Un marché dispersé, une offre à réorganiser

Face à ce marché « qui existe mais n’arrive pas à se mettre en marche à cause de la trop faible densité », Vincent a voulu créer « un agrégateur de marché pour approcher la densité et passer à une autre échelle ». Mais la dispersion de la demande n’est pas le seul frein à une bonne transition énergétique : « en face, l’offre est peu adaptée », explique-t-il. « Ce sont de petites entreprises, des artisans, qui ont une grosse compétence professionnelle, mais pas en marketing. S’ils sont adaptés au marché rural de proximité, ils ratent un certain nombre de marchés, notamment auprès de nouveaux habitants qui ne les connaissent pas mais ont le réflexe internet ». Il faut donc également une organisation de l’offre.

Que fait le Mulot ?

Très concrètement, le Mulot procède à des groupages permanents de consommateurs, pour obtenir à meilleur prix du fioul, du bois, des granulés de bois. Il propose aussi des groupages ponctuels, pour l’acquisition de détecteurs de fumée, par exemple. « Il y a beaucoup de sites nationaux d’achats groupés, mais j’ai la valeur de la proximité. Je me l’impose à chaque fois. Le Mulot n’a pas les prix les moins chers, mais je mets en avant la confiance, la compétence, le service après-vente, la durabilité de la solution : je sais qu’avec ces solutions les gens vont faire des économies à 10 ans. »

L’humain, la valeur ajoutée du numérique

Le site du Mulot met aussi les particuliers en relation avec des artisans dont Vincent connaît le professionnalisme. Il leur fournit une présence sur le web avec deux axes: la présentation de leurs compétences, et la demande de devis en ligne. Et il qualifie la demande avant de la leur transmettre, toujours dans un objectif d’apporter de la valeur ajoutée.

Vincent ambitionne de contribuer à réduire toutes les dépenses contraintes de l’habitat. « Je suis rentré par l’énergie, mais il y a l’eau et l’assainissement individuel, qui sont des charges supplémentaires… Les habitants ruraux sont pris à la gorge. »

Le numérique pour réduire la fracture rurale

Le Mulot, c’est donc une place de village numérique qui s’étend sur cinq communautés de communes: Questembert, Malestroit, Allaire, Muzillac et La Gacilly. Un marché de 102.000 habitants, 50.000 foyers, 46.000 maisons, pour valider le modèle avant de l’étendre sous forme d’un réseau. La communauté des mulots compte pour le moment 670 personnes.

« C’est un marché passionnant, tu ne peux pas l’attaquer sans nouvelles méthodes, et grâce au numérique, tu peux l’attaquer différemment », s’enthousiasme le créateur du Mulot. Toujours avec l’objectif de déterminer « comment avec la révolution digitale on peut trouver de la valeur ajoutée sur chaque nouveau produit ».

« Ce n’est pas à Paris que je vais mettre au point le projet ! »

Le Mulot a trouvé un gîte au Grenier numérique. « Luc Philippe, directeur des services techniques de La Gacilly, a beaucoup aimé. » L’initiative a été retenue « pour l’idée, et parce que cela rejoignait des projets locaux, en particulier le projet TEPOS (Territoires à Energie POSitive). La Communauté de communes de La Gacilly est un territoire d’expérimentation fabuleux ! »

La proximité offerte par le Grenier avec les pouvoirs publics locaux permet de faire émerger plus rapidement les projets, alors que l’urgence est là mais que nombre de territoires ne semblent pas réagir : « on va dans un mur, alors que l’Etat intervient moins et qu’il y a moins d’argent dans les communes », observe Vincent.

20 mois d’existence et un modèle économique qui fonctionne

Pour garantir la confiance, le Mulot conseille gratuitement les particuliers sur le chauffage, l’énergie, l’eau, et les oriente vers des artisans. Vincent se rémunère à la commission auprès de ceux-ci, comme apporteur d’affaires, et arrive à dégager « un petit smic », confie-t-il. Avec l’objectif que « dans trois ans, ça roule » et énormément de projets dans les cartons.

Il travaille notamment sur le moyen d’apporter aux consommateurs des garanties sur leur bois de chauffage, en vérifiant le taux d’humidité et la volumétrie, et sur la création d’un « label du Mulot » décerné par un bureau d’études pour certifier que les options d’économies d’énergie retenues sont les plus appropriées au projet.

A l’instar de son animal fétiche, le Mulot devrait croître et se multiplier.

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