Phorevox, une nouvelle voix pour écrire le français

Phorevox, une nouvelle voix pour écrire le français

8 Juil 2015

Et si l’oral était une composante fondamentale de l’apprentissage de l’écrit ? Emmenée par l’Irisa, l’équipe du projet Phorevox a mis au point une plateforme dotée de synthèse vocale pour apprendre à écrire le français en autonomie.

Il existe des outils pour s’entrainer à l’écriture… mais qui sont eux-mêmes basés sur l’écrit. C’est ce constat qui est à l’origine du projet Phorevox, et l’idée qu’en s’appuyant sur la synthèse vocale on ouvrait de nouvelles possibilités. À condition toutefois de  disposer d’une technologie vocale capable de reproduire un exercice aussi élémentaire que celui de la dictée. Pour Damien Lolive, chercheur à l’Irisa et coordinateur du projet, c’était là « la première difficulté ».

La voix du maître

Et ce fut l’apport principal de l’une des PME partenaires, la société Voxygen, de Pleumeur-Bodou près de Lannion. Celle-ci est l’un des tout premiers acteurs de la synthèse vocale en France et au-delà. Son objectif dans ce projet : créer une brique technologique de synthèse de parole adaptée à l’enseignement. Une voix de grande qualité, capable d’oraliser parfaitement toutes les syllabes et de varier rythme et tonalité selon le contexte d’apprentissage : dicter un texte, répéter pour synchroniser l’outil avec la vitesse d’écriture de l’élève, relire le résultat en fin d’exercice pour mettre en évidence les erreurs…

L’autre défi du projet Phorevox était d’ordre pédagogique : Quels sont les types d’exercice adaptés à la synthèse vocale ? Quelle forme leur donner pour maintenir l’intérêt de l’élève ? Comment mettre celui-ci en situation de réussite pour l’inciter à poursuivre l’effort ? Pour cette partie, le projet bénéficiait de la participation du CREAD, le Centre de recherche sur l’éducation, les apprentissages et la didactique. Un contributeur de premier plan au « design d’exercices »  qui fournissait également au projet « un premier terrain d’expérimentation ». Le consortium de partenaires était complété par le Laboratoire de linguistique formelle (LLF) et l’éditeur de solutions d’apprentissage, Zeugmo. L’équipe a concentré ses recherches sur un public d’élèves de cycle 2 de l’école primaire, qui inclut CP et CE1.

Testé en Bretagne

Au final, Phorevox a produit une plateforme de démonstration testée dans plusieurs classes à travers la Bretagne : « Il était essentiel pour nous d’observer comment se comportent les élèves seuls face à la machine. » De ces observations se dégagent deux populations d’élèves : ceux qui, grâce à un niveau « moyen ou correct« , profitent pleinement de la plateforme pour progresser à leur rythme, et ceux « en difficulté » auxquels l’outil ne convient pas. « L’intérêt pour l’enseignant, c’est qu’il peut laisser avancer seuls les élèves les plus autonomes et dégager du temps pour travailler avec ceux qui ont besoin d’être encadrés. »

Loin de percevoir le système comme un concurrent, les enseignants confrontés au système se sont montrés « plutôt enthousiastes ». D’autant que la plateforme est aussi une source d’informations sur les progrès réalisés individuellement et les erreurs les plus fréquentes qui méritent des approfondissements. « Nous avons également travaillé sur la génération automatique d’exercices à partir de l’observation du comportement de l’apprenant, mais il reste des obstacles à lever. C’est une direction qui reste à finaliser. »

Et maintenant les adultes

Une autre piste est également à l’étude pour prolonger le projet Phorevox : l’adaptation de la plateforme à des étrangers adultes dans le cadre de formations FLE (Français Langue Étrangère). « Les technologies sont quasiment prêtes. Mais il faut encore de gros moyens pour les mettre en œuvre. Aujourd’hui, la plupart des systèmes d’apprentissage proposent des parcours figés. On devrait bientôt basculer vers des plateformes d’apprentissage de nouvelle génération, capables de s’adapter automatiquement aux réactions de l’utilisateur. »

Phorevox en bref

Projet soutenu par l’Agence nationale de la recherche

Démarré en juin 2012

Durée  : 30 mois

Budget global : 1 M€

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