Transition numérique : l’économie sans emplois, l’emploi sans salariés ?

Transition numérique : l’économie sans emplois, l’emploi sans salariés ?

24 Août 2015

Depuis quelques temps de nombreuses interrogations voient le jour sur la création d’emplois liée aux technologies numériques. Le paradoxe de Solow (« On voit l’informatique partout sauf dans les statistiques de productivité ») a été la première alerte, suivie par Schumpeter (« destruction créatrice »), Rifkin (« La fin du travail ») puis par bien d’autres. Quel peut être ce nouveau paradigme pour lequel la croissance ne se traduit pas forcément en termes d’emplois ? 

Le numérique contribue-t-il à la croissance du PIB ?

L’utilisation intensive des technologies numériques va bouleverser profondément l’emploi. L’automatisation des tâches comme l’automatisation des services, les gains de productivité, de qualité, de maîtrise des risques va très probablement contribuer à une diminution (relative) de l’emploi, notamment pour ceux des emplois les moins qualifiés. L’augmentation de la demande, notamment en provenance des classes moyennes des pays émergents demande toutefois une augmentation de la production. Si cette augmentation de la production n’est pas complètement « résorbée » par les gains de productivité, alors la diminution de l’emploi ne sera que relative, ce qui n’est pas sans importance en regard d’un autre facteur qu’est le vieillissement de la population (avec sa conséquence immédiate qu’est la réduction du nombre d’actifs). La démographie (des pays développés) est encore un autre facteur important.

Les technologies numériques avec leur échos dans l’économie numérique et dans la société numérique vont également jouer un rôle important, tant sur le plan qualitatif (les emplois sont moins nombreux mais de plus haute qualification) que sur le plan quantitatif. Si l’Internet contribue à la création nette d’emplois, les déséquilibres régionaux et/ou sectoriels seront cependant nombreux, même si l’équilibre global (mondial) est préservé voire en croissance.

Les modèles contributifs, collaboratifs, participatifs joueront également un rôle important, remplaçant ainsi des emplois salariés par des emplois indépendants (freelance), mais donnant ainsi à tous ceux qui souhaitent développer un projet particulier la possibilité de le faire. L’innovation qui en résultera ne sera jamais un facteur régressif pour l’activité économique en général. Ainsi au PIB viendront s’ajouter, des gains de temps, des gains de pouvoir d’achat, des réductions de risques, …, toutes contributions qui seront au crédit de l’activité  économique.

Ainsi on en arrive à la conclusion que si l’économie numérique ne contribue pas comme on était en droit de s’y attendre à la croissance de l’emploi, il s’agit pour l’essentiel de l’emploi salarié et encore s’agit-il que d’une moindre croissance (par rapport à la croissance du PIB) « relative ».

Pour profiter de la croissance d’emploi l’écosystème « producteur » du numérique doit se développer des écosystèmes « utilisateurs »

La clé est alors l’éducation et la formation, ainsi que le constate les initiatives européennes (« The grand coalition for digital jobs ») – The European Commission is leading a multi-stakeholder partnership, the Grand Coalition for Digital Jobs, to tackle the lack of digital skills in Europe and the thousands of unfilled ICT-related vacancies across all industry sectors -.

schéma digital employment

En complément, il faut prendre en compte les facteurs d’externalité des technologies numériques et de l’économie numérique, qui d’une part croissent plus vite que le PIB « général » (en volume et en valeur mais pas en emplois) et qui d’autre part nécessitent une forte corrélation entre l’écosystème « productif » (celui qui produit les technologies numériques – et c’est l’une des caractéristiques du territoire d’Images & Réseaux – ), et les écosystèmes « utilisateurs » (ceux qui utilisent les technologies numériques pour leur production, leur logistique, leur distribution, leur gestion, … ). Si donc le territoire d’Images & Réseaux (Grand Ouest français) veut profiter de la croissance des emplois dans les technologies numériques c’est à condition d’y développer ou de contribuer à développer les écosystèmes utilisateurs. Les territoires où l’emploi progresse le plus gagnent des emplois à la fois dans la sphère présentielle (commercede détail, santé et action sociale, éducation, services aux particuliers, administration,  construction) et dans la sphère productive (agriculture, industrie, commerce de gros et services aux entreprises) – Etude INSEE : Trente ans de mutations fonctionnelles de l’emploi dans les territoires -.

 

Article initialement proposé par Jean Claude Fraval pour le ZOOM, Lettre de Veille Prospective d’Images & Réseaux. Retrouvez l’analyse dans son intégralité sur l’espace ZOOM (abonnement gratuit).

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One comment

  1. Bonjour et merci pour cet article très intéressant!

    Même si l’impact de la croissance numérique est difficilement mesurable en terme macroéconomique, force est de constater que les nouveaux emplois crées grâce au numérique sont plus flexibles et moins contraignants que les emplois traditionnels (Rémunération, charges sociales,….) ce qui en soit est favorable pour les PME et à long terme pour l’économie.