Quels modèles pour l’assistance à domicile ?

Quels modèles pour l’assistance à domicile ?

5 Oct 2015

À l’équation vieillissement de la population + augmentation des maladies chroniques + contraintes budgétaires, il existe une solution : l’assistance à domicile. Et le numérique sera à coup sûr l’un des principaux  moteurs de son déploiement. Mais quels en seront les modèles technologiques et économiques ? Une journée sur ce thème, le 30 septembre à Brest, apportait des éléments de réponse.

Cette journée était la deuxième d’un cycle de conférences sur l’hôpital numérique organisé par les pôles Images & Réseaux et Atlanpole Biothérapies, avec cette fois la collaboration de ID2Santé et Technopole Brest Iroise. Objectifs : éclairer l’assistance à domicile sous l’angle de l’innovation et des nouveaux modèles économiques. Et si possible faire émerger des projets d’innovation.

D’abord le télé-suivi

Anne-Briac Bili, de l’Agence régionale de santé Bretagne, décrit d’abord le paysage des déploiements actuels et des nouvelles orientations. L’assistance à domicile prend souvent la forme de télé-suivi : aujourd’hui pour la stimulation cardiaque, le diabète de grossesse ; demain pour la dialyse péritonéale, l’insuffisance cardiaque, l’hypertension artérielle. Et puis il existe de nombreux cas où la consultation à distance accélèrerait la prise en charge, comme dans les îles, dans les prisons…

Selon la représentante de l’ARS, on constate une réelle plus-value pour le médecin comme pour le patient. Et de donner l’exemple des visites de suivi tous les 6 mois qui, à 95%, ne servent qu’à dire que tout va bien « alors que le problème peut survenir le lendemain » ; à comparer au suivi automatique à distance qui, lui, « peut alerter à tout moment ».

Au centre, l’utilisateur final

Pour André Thépault, du laboratoire LabSTICC, le numérique peut être un formidable outil de lien social, notamment pour les seniors. À condition toutefois de travailler dans un esprit de co-conception « afin d’imaginer quel peut-être le vrai besoin ». D’où la notion de Living Lab dans lequel l’utilisateur participe de façon active depuis de la phase de création du concept jusqu’à l’expérimentation et l’évaluation.

Plusieurs projets de recherche sont évoqués : un « facebook » adapté aux personnes âgées via la télévision connectée, qui a débouché sur la création d’une startup ; à venir, une maison intelligente pour personnes fragiles avec compagnons artificiels et systèmes immersifs pour la rééducation. Un autre projet encore, présenté par Jean-Louis Coatrieux de CominLabs, qui développe une série d’applications à base de capteurs afin de surveiller l’activité physique et la santé.

Un point clé : la formation

Il est question à nouveau de Living Lab, avec l’intervention de Jean-Paul Departe pour le Centre de rééducation de Kerpape. Il s’agit cette fois de faciliter le passage dans la vie réelle, « hors de l’établissement », grâce à des appartements équipés que l’on place « au centre de la rééducation » et « au cœur de l’agglomération ». Avantages attendus : mise en confiance de la personne handicapée et vérification par les ergothérapeutes de la pertinence des équipements.

Le Living Lab lorientais aborde aussi une autre dimension : celle de la formation des artisans. Des stages sont organisés pour leur enseigner les bases qui permettront d’équiper les appartements. Plus tard, cette question s’est élargie lors du débat avec la salle. La formation apparaît être une question clé pour le déploiement de solutions d’assistance à la maison, avec des besoins en formation multiples : en direction des professionnels du bâtiment mais encore, du personnel soignant, des aides à domicile, de l’entourage…

Journée Assistance domicile

Au-delà du suivi, des programmes de soin

Les interventions qui suivent multiplient les points de vue. Avec d’abord le professeur Olivier Rémy-Néris qui étend la réflexion sur l’assistance à domicile à la réalisation de réels programmes de soin, mais il faut « intégrer le professionnel de santé dans le processus ». Avec le professeur Erwan L’Her qui, au travers d’une startup Oxy’Nov, commercialise aujourd’hui une technologie qui améliore l’oxygénation de patients souffrant de problèmes respiratoires. Avec une sociologue, Florence Le borgne-Uguen qui distingue parmi les patients ceux pour qui la maladie est l’occasion « d’un combat valeureux » et qui auront « une appétence pour la technologie », au contraire de ceux qui vivent « dans une répétition de malheurs » ce qui interdit « toute entrée d’objets techniques ».

C’est aussi Emmanuelle Buord, de Brest Métropole, pour qui le maintien à domicile « peut aussi contribuer à isoler », ce qui implique qu’il faut « inscrire l’habitat dans la vie du quartier ». Elle constate qu’il n’est pas si simple de « passer d’un bel objet scientifique à un service déployé dans de vrais logements, occupés par de vraies personnes ». Et que c’est aussi « un travail de conviction des différents acteurs pour qu’ils s’impliquent. »

Quelles solutions économiques ?

La question des modèles économiques était évoquée à plusieurs reprises. D’abord par Anne-Briac Bili, de l’ARS, qui avait situé ainsi le problème : « La télémédecine n’est pas reconnue comme un acte, elle n’est pas prise en charge par la sécurité sociale. » Puis Emmanuelle Buord, de Brest Métropole, qui avait décrit les soucis de montage des projets d’assistance à domicile : « Tant qu’on a pas prouvé l’efficacité du dispositif, c’est difficile de trouver des financements ». Pour finir, les études de Myriam Le Goff, de Télécom Bretagne, évoquent des solutions à condition que « le service rendu soit démontré » et « à un coût acceptable ». Celles-ci mêlent financements publics et marché concurrentiel dont une part de « disposition à payer » qui varie selon la perception de l’utilité du service par la personne qui en bénéficie.

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Voir aussi DigitalForLife, la boîte à idées numérique et santé

Ecoutez les interviews réalisées en marge de la journée par la Radio des entreprises.
Oxy’Nov veut révolutionner l’assistance respiratoire. Écouter
Le numérique dans le secteur médical. Écouter
Les services en silver habitat. Écouter

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