Crowdfunding et innovation : on peut lever jusqu’à 1 million

Crowdfunding et innovation : on peut lever jusqu’à 1 million

9 Nov 2015

Le financement participatif solution de dernier recours pour lever des fonds ? Non, selon Thomas Derosne. C’est un choix stratégique et une étude de marché grandeur nature. Entretien éclairant avec le fondateur de MyNewStartup, une plateforme positionnée sur l’investissement en capital.

Thomas Derosne a découvert le crowdfunding aux États-Unis où il travaillait à la direction financière de filiales américaines de startups européennes. En 2008, il assiste à un pitch des fondateurs de Kickstarter alors au stade de projet. L’idée de « créer un pont entre participation via le web et le financement de l’entreprise » commence alors à germer. Il poursuit sa carrière de directeur financier aux États-Unis puis en France avant de lancer MyNewStartup en 2013. Opérationnelle depuis début 2014, la plateforme a permis de financer deux premiers projets pour un montant cumulé de 1,5 million d’euros. Elle ambitionne de devenir la plateforme de financement participatif de l’innovation du Grand Ouest.

Thomas Derosne

Dans le paysage du crowdfunding, où se situe MyNewStartup ?

Thomas Derosne. Pour résumer, il existe trois modèles de financement participatif. Le premier relève du don. Il permet à un internaute de soutenir un projet avec, en contrepartie, un retour symbolique ou bien sous forme de produit ou service. Le deuxième, plus récent, propose du prêt. Il permet de prêter de l’argent à des entreprises ou des particuliers avec ou sans rémunération. Et le troisième est l’investissement en capital, qui permet de devenir actionnaire de sociétés non cotées. MyNewStartup appartient à cette troisième catégorie. Nous sommes très peu d’acteurs à proposer du financement participatif pour alimenter les fonds propres des entreprises. En France, on se compte sur les doigts d’une main.

Concrètement, comment ça fonctionne ?

Une plateforme de crowdfunding est un site de rencontre entre des entrepreneurs et des investisseurs. Nous jouons un rôle de lien. MyNewStartup représente aujourd’hui une communauté de 12 000 investisseurs potentiels à laquelle nous soumettons des projets. Notre champ d’intervention est l’amorçage ou le développement, donc des entreprises qui ont entre zéro et cinq ans d’existence et dont le besoin se situe entre 100 000 et un million d’euros, dans tous les secteurs d’activité.

Nous sommes accrédités par l’Autorité des marchés financiers en tant que conseillers en investissement participatif. La réglementation fixe la limite supérieure de notre contribution à un million d’euros. Mais nous pouvons participer à des montages, à côté d’autres structures, pour un montant global plus important. Nous passons beaucoup de temps, en amont, à accompagner les entrepreneurs. Ensuite vient une phase de vote où l’on redonne le pouvoir à la communauté. C’est elle qui décide si le projet passe en financement sur notre plateforme ou non.

La dimension accompagnement est essentielle. Il s’agit d’aider les entrepreneurs à bien expliquer leur projet et à verrouiller tous les aspects économiques. Car c’est aussi une manière de sécuriser notre futur. Dans 4 ou 5 ans, on jugera les plateformes de crowdfunding sur leurs performances et sur le taux de casse des projets financés.

Qui sont les investisseurs, quelles sont leurs motivations ?

Les profils des investisseurs sont très variés, mais ce sont majoritairement des cadres, cadres supérieurs, entrepreneurs, anciens entrepreneurs et professions libérales. L’investissement moyen se situe aux alentours de 10 000 euros, le ticket minimum étant à 1000 euros. La grosse majorité réside dans l’Ouest, avec également une communauté assez forte en région parisienne. Car l’impact territorial est leur première motivation. Ce sont des gens qui veulent donner du sens à leur épargne, qui veulent investir dans quelque chose de concret, proche de chez eux. C’est une forme d’investissement en circuit court. Ils bénéficient aussi de mesures de défiscalisation, mais ce n’est pas ça le vrai moteur de leur engagement.

Le financement participatif, un effet de mode ?

Ce n’est ni un effet de mode, ni un dernier recours. C’est une brique supplémentaire à côté du financement traditionnel. Une campagne de financement participatif, c’est aussi une étude de marché grandeur réelle, une campagne de communication et une manière d’intégrer les gens du territoire dans un projet. Quand un projet a convaincu plus de mille personnes, ça rassure tout le monde. On commence à voir des entreprises qui s’y intéressent alors qu’elles ont les moyens de réunir des fonds de manière classique.

Nous fonctionnons main dans la main avec les banques, les fonds d’investissement et les réseaux de business angels. En France, il existe des besoins colossaux de financement en fonds propres entre 100 000 et un million d’euros. Et peu d’acteurs à ce niveau-là. Nous travaillons avec des partenaires, notamment des banques, avec lesquels nous partageons un même intérêt qui est que l’entreprise puisse réussir son projet.

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MyNewStartup

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