Sophie Deniel, Bookbeo, Retour sur son expérience de crowdfunding

Sophie Deniel, Bookbeo, Retour sur son expérience de crowdfunding

23 Nov 2015

Sophie Deniel est depuis 7 ans à la tête de Bookbeo, une startup finistérienne qui développe des applications mobiles de réalité augmentée. Elle reçoit en 2013 le prix de la femme chef d’entreprise pour les Trophées des Femmes de l’Economie et est sans conteste une entrepreneure, Femme de Bretagne numérique. 2015, l’entrepreneure se lance dans une campagne de crowdfunding en s’appuyant sur la plateforme bretonne Gwenneg pour financer un livre innovant : OVNI. Elle accepte de revenir sur le vécu de cette expérience.

Sophie, peux-tu en quelques mots nous présenter OVNI ?

OVNI est né d’une rencontre entre nos technologies de réalité augmentée et Sylvie Beekandt qui a proposé de rassembler un collectif d’artistes autour du projet. L’idée est de proposer un livre, mixé à une application mobile qui présente l’histoire d’un marin au travers duquel on va revivre l’histoire du port de Brest.  Le récit composé de textes, photos et illustrations sera augmenté par des vidéos, des animations 3D, des jeux de navigations insolites…En plaçant votre smartphone ou tablette au-dessus des illustrations, vous pourrez vous immerger dans cet univers imaginaire et interactif, essayer virtuellement les vêtements des différents personnages, recevoir des figurines imprimées en 3D, et même poster vos propres visuels pour enrichir à votre tour l’histoire.

ovni1

Pourquoi avoir fait ce choix de la plateforme Gwenneg ?

C’est avant tout une histoire de rencontre avec Karim. Il y avait une logique territoriale ancrée dans les valeurs du projet et de l’entreprise. L’ancrage breton permet d’avoir une cohérence globale, de valoriser un territoire et de développer des partenariats locaux. Par ailleurs nous avons été séduits par l’accompagnement de Gwenneg, même si la route est encore longue.

 

La campagne OVNI a été un succès. Les 15 000€ attendus ont été atteint. Que retiens-tu de cette expérience ?

Tout d’abord je retiens que c’est beaucoup de temps. C’est la première chose que je dirais à toute personne qui se lancerait. Il ne faut pas sous-estimer le temps passé, surtout quand on cherche des petites sommes. Pour nous la campagne était basé sur de la prévente avec des petits montants (30€). Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de contacts qu’il faut pour avoir 30€.

Ensuite je retiens que le réseau et le contact personnel, d’homme à homme est un véritable levier de succès. A partir du moment où l’on a commencé à nous adresser en direct à nos connaissances, à notre réseau, la campagne a grimpé. C’est aussi ce qui explique par exemple que la campagne Femmes de Bretagne a eu du succès. Il y avait derrière la campagne une communauté réelle de personnes réunies autour d’un même enjeu.

Enfin je note qu’’une campagne de crowdfunding se réussi aussi avec des sponsors qui apportent de plus gros montants, ce qui permet de faire grimper la campagne et de favoriser l’engagement.

ovni2

Et côté réseaux sociaux ?

La vraie problématique des réseaux sociaux est d’arriver à transformer l’achat. Nous avons eu beaucoup de relai via Facebook par exemple, mais avec un taux de rebond impressionnant et quasiment aucuns achats. C’est exactement la même problématique sur tout ce qui est presse, médias, TV, … On a eu beaucoup de belles retombées, mais ensuite les gens ont du mal à passer à l’acte en allant sur la plateforme. Et c’est d’autant plus frustrant de voir que le compteur ne monte pas alors que les visites sont là. Il y a une problématique culturelle.

 

Au final il semble qu’une campagne de crowdfunding soit aussi une campagne de communication ?

Oui, et c’est bien là la difficulté. Il faut bien penser et appréhender sa campagne comme une action de communication.  La campagne sert à communiquer et prépare la commercialisation. Je pense qu’on va ressentir les effets de la presse au moment de la sortie du livre. Il faut le voir comme une communication d’avant-vente non négligeable pour gagner en crédibilité grâce aux préventes, qui aident aussi à améliorer le discours commercial en direct. Et puis nos crowdfunders sont notre première communauté d’utilisateurs, de fans directs. Ils sont un soutien important dans la prochaine étape.

 

Justement qu’elle est-elle cette prochaine étape ?

OVNI est aujourd’hui en phase de BAT pour un début de commercialisation avant Noël. Développement de l’application, finalisation et impression du livre, promotion et commercialisation, … les jalons sont encore nombreux, et là, les préventes de 500 exemplaires nous aident. C’est une caution non négligeable.

ovni3

Et si c’était à refaire, tu referais quoi différemment ?

Je conseillerais à n’importe qui de prévoir des rencontres sur le terrain, d’hommes à hommes ou de femmes à femmes. Et je sais que Gwenneg travaille sur un accompagnement en ce sens. Aller sur le terrain rencontrer les futurs crowdfunders et donc futurs prescripteurs, clients, utilisateurs. Présenter le projet, faire des réunions. C’est également un investissement lourd en termes de temps mais surement avec un meilleur retour sur investissement que les réseaux sociaux en termes de contribution.

 

Vois-tu encore des freins pour le crowdfunding en France ?

On voit bien que les acteurs classiques, les entreprises, les acteurs institutionnels ont du mal à soutenir, à contribuer à des campagnes de crowdfunding même si ils jugent le projet innovant. On n’est pas aux USA on a encore beaucoup de freins d’usages et culturels. Je pense que l’on doit apprendre à connaître la culture des donateurs pour jalonner les différentes étapes de sa campagne. Car le crowdfunding qu’on se le dise, c’est du lobbying.

Billets similaires :