Un outil pour le cinéma inspiré de la réalité augmentée

Un outil pour le cinéma inspiré de la réalité augmentée

17 Nov 2015

Mêler réel et images de synthèse est chose courante au cinéma. Sauf qu’il faut attendre l’étape de post-production pour en voir le résultat. Le projet collaboratif PREVIZ renverse l’ordre établi en apportant les effets visuels en direct sur le plateau, dans l’esprit des applications de réalité augmentée.

On a tous vu ces images d’un acteur tournant une scène sur fond vert. Cette technique utilisée pour réaliser les effets visuels (VFX) permettra ensuite d’incruster le personnage dans n’importe quel décor, qu’il soit réel ou virtuel. Mais le travail en deux étapes ne facilite en rien ni le jeu d’acteur, ni la cohérence avec l’environnement virtuel et les animations. D’autant que le rendu final ne sera visible qu’après le travail de post-production, un délai qui se compte en semaines, voire en mois…

« S’il y a incohérence de cadrage ou de lumière, il est trop tard pour agir sur les rushes » avertit Gérard Briand, ingénieur chez Technicolor. Il est le coordonnateur du projet de recherche collaborative PREVIZ qui vient de s’achever. L’objectif poursuivi : « Donner un aperçu de la scène finale en temps réel ou en léger différé, dès la phase de tournage. »

Ce qui revient à appliquer les technologies de réalité augmentée au cinéma, un contexte toutefois « beaucoup plus exigeant que les applications grand public en termes de fiabilité et de qualité ». Aujourd’hui, la post-production de quelques secondes d’un film mêlant réel et images de synthèse mobilise une ferme de calcul pendant plusieurs jours. Pour PREVIZ, qui vise le temps réel, il a donc fallu trouver le bon compromis entre rapidité de traitement et qualité de prévisualisation proposée.

Bousculer les habitudes

En réalité, le projet va bien au-delà des considérations techniques. Aujourd’hui, la fabrication d’un film est segmentée en trois étapes relativement étanches : la pré-production qui est une phase de préparation, le tournage avec notamment la prise de vues des scènes impliquant les acteurs, et la post-production qui comprend l’intégration des images de synthèse et le montage.

PREVIZ ambitionne de bousculer cet ordonnancement : « L’idée, c’est de faire de PREVIZ un outil relativement central au workflow de production. Grâce à la prévisualisation on-set, nous créons des conditions d’interaction entre les parties prenantes, ce qui libère la créativité. Le réalisateur, le chef opérateur et le responsable des effets spéciaux peuvent collaborer et interagir dès la prise de vues. Finalement, ça revient à apporter les effets visuels sur le plateau et à les diriger au même titre que l’on dirige les acteurs. »

Le projet a également exploré d’autres voies, telle que « l’autonomie des VFX par rapport au jeu d’acteur ». Autrement dit, faire en sorte que l’environnement virtuel puisse réagir et s’adapter automatiquement aux mouvements des personnages réels. La plateforme immersive de l’Inria Rennes, Immersia, a aussi été mise à contribution comme outil de répétition, « pour que l’acteur puisse préparer une scène en interaction avec l’environnement virtuel ».

Une contribution aux prochains « Avatar »

Quelques blockbusters américains tournés à grands renforts d’effets spéciaux font déjà usage de techniques approchantes. Le projet PREVIZ apporte aussi cette possibilité au tournage de films à petit budget, de séries TV ou de spots publicitaires : « Avec ce projet, nous démocratisons la previs on-set et nous portons cette compétence vers des acteurs français de l’audiovisuel. »

La plateforme mise au point pour les besoins du projet ne sera pas commercialisée telle quelle, mais les partenaires – dont trois PME – ont pu mettre au point des briques technologiques désormais inclues dans leurs offres. En particulier, la PME rennaise Polymorph s’est dotée d’un outil de prévisualisation qui lui donne un supplément de productivité pour la réalisation de contenus graphiques. Une autre PME, Solidanim, a lancé un produit de prévisualisation et de tracking temps réel, SolidTrack, promis à un bel avenir puisque choisi par la société de production de James Cameron pour les prochains « Avatar ».

Le projet PREVIZ a remporté le prix Compétitivité des Trophées Loading the Future attribués par Images & Réseaux le 24 septembre dernier.

 

PREVIZ en bref

D’une durée de 27 mois, le projet a réuni neuf partenaires :

Coût global du projet : 5,7 M€. PREVIZ était soutenu par BPI France et des collectivités locales dans le cadre de l’appel à projets FUI15.

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Consultez le site du projet previz.eu

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