Directodoc réinvente la proximité avec le médecin

Directodoc réinvente la proximité avec le médecin

4 Déc 2015

Téléphoner à son médecin pour obtenir un conseil est quasiment impossible aujourd’hui. Sauf à travers la plateforme Directodoc, un service ingénieux qui mêle appel différé et rémunération du conseil pour rétablir un lien qui n’existait plus.

L’idée lui est venue lors d’un séminaire de travail à Paris. Typhaine Servant, qui ressent une douleur gênante, téléphone à un ami médecin. Après quelques questions rapides, celui-ci le rassure sur le caractère bénin et passager du souci. « Je me suis dit, quelle chance de pouvoir appeler un médecin qui me connaît. » Lui qui travaille depuis une dizaine d’années dans l’industrie pharmaceutique « au contact des médecins libéraux » sait que 92% des patients n’ont plus accès à leur médecin en direct. Le téléphone est vécu par la profession médicale comme un outil dérangeant. Avec l’aide des nouvelles technologies, « il y a matière à optimiser ».

Pour le suivi des patients

Fin 2014, le jeune cadre remet sa démission. Puis il crée la société Directosante et, dans la foulée, la plateforme Directodoc, opérationnelle depuis septembre 2015. Son principe : le patient qui souhaite un conseil sollicite le médecin via le site en ligne ou l’application mobile dédiée ; puis, lorsqu’il est disponible, le médecin recontacte le patient en un clic, la plateforme se chargeant d’établir la liaison téléphonique. À l’issue de l’appel, limité dans le temps, le patient est débité d’une petite somme, à partir de 4 euros, qui sont reversés au médecin. La plateforme, elle, se rémunère sur les coûts de communication. Tout ceci suppose que le médecin s’est au préalable enregistré sur la plateforme et qu’il a informé ses patients à l’aide de supports qui lui sont fournis.

Début novembre, une cinquantaine de médecins s’étaient inscrits. « Les premiers retours montrent que les appels sont assez courts, sur des sujets très divers : des résultats d’examens, une analyse de sang, un problème concernant un jeune enfant, une actualité médicamenteuse ou épidémiologique… » Le fait de payer le conseil n’est pas un obstacle pour le public ciblé, « c’est le prix d’un aller-retour en bus ». Quant aux médecins, la plupart estiment normal que le temps consacré au rappel des patients soit rémunéré, celui-ci représentant en moyenne trois-quarts d’heure par jour. La formule a aussi pour avantage de responsabiliser le patient et d’éviter les abus.

Également pour l’ambulatoire

Existe-t-il des solutions concurrentes ? Oui, selon Typhaine Servant. Car la recherche d’information médicale en ligne est abondamment pratiquée, si bien qu’il existe une foule de sites spécialisés, « mais aucun ne donne accès à son propre médecin, une personne qui vous connaît et en qui vous faites confiance ». Et c’est là toute la différence.

Pour la jeune société installée à Nantes, l’heure est à la prospection pour convaincre les généralistes et spécialistes désireux d’améliorer le lien avec leurs patients. Également pour creuser une autre piste, qui s’est ouverte spontanément. « C’est venu d’une grande clinique nantaise qui pratique beaucoup le soin ambulatoire. Le fait d’être soigné en quelques heures et de repartir chez soi est vécu différemment selon les patients. Certains apprécient le fait de rentrer chez eux, d’autres ont le sentiment d’un relatif abandon après l’opération. Notre solution permet de conserver le lien avec le patient pour toutes les questions qu’il se pose une fois rentré à son domicile. Là, le modèle économique est différent, puisque le service lui est offert par la clinique pendant les premiers temps. »

Un modèle reproductible

Typhaine Servant réfléchit déjà à d’autres prolongements de la solution : d’abord en enrichissant le service, par exemple avec du transfert sécurisé de données entre médecin et patient ; et dans un second temps vers d’autres professions libérales.

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