Startups-grands groupes : « le meilleur partenariat, c’est le business »

Startups-grands groupes : « le meilleur partenariat, c’est le business »

16 Fév 2016

Alain Rolland bouillonne d’idées. Il a bâti son entreprise, EBlink, sur un concept qui révolutionne le déploiement des réseaux d’accès mobiles. Aujourd’hui, il milite pour des rapports simplifiés et accélérés entre startups et grands groupes afin de booster l’écosystème numérique en France.

Cette dernière idée, Alain Rolland l’a mûrie au sein du plan Souveraineté Télécoms de la Nouvelle France Industrielle. C’est sa contribution au comité de pilotage du plan où EBlink fait figure de Petit Poucet aux côtés de grands noms comme Orange, Alcatel-Lucent, Airbus ou Thales. C’est aussi le fruit de son expérience d’entrepreneur à la tête d’une entreprise parmi les plus prometteuses.

EBlink fait figure de startup exemplaire. Quelques mots pour la présenter ?

Nous avons créé EBlink, fin 2005, sur un constat : à partir du moment où une liaison sans fil atteint les performances de celle d’un câble, elle est plus pratique et moins chère à déployer. C’est comme ça que nous avons créé le concept de Wireless Fronthaul pour relier les antennes radios des stations de base aux équipements télécoms des réseaux mobiles. À l’époque, nous avions l’idée mais pas le commencement d’un produit. Nous sommes partis de zéro avec deux fonds d’investissements. De là, nous avons développé la technologie, déposé des brevets et fabriqué les produits que nous commercialisons aujourd’hui.

En 10 ans, vous avez levé plus de 30 millions d’euros. Pourtant vous pointez le problème du financement.

En France et en Europe, c’est très difficile pour une startup de réunir quelques millions d’euros. Par comparaison, aux États-Unis, on peut lever d’emblée des montants très importants. Et ça change tout. Parce que ça donne les moyens à l’équipe dirigeante de structurer l’entreprise et développer son offre, surtout dans le monde de l’industrie où on travaille sur des cycles longs. Lorsque vous devez passer plusieurs fois par la case levée de fonds, vous perdez du temps et des forces. Et à chaque tour, vous cédez une part du contrôle de la société. Au final, ce n’est intéressant pour personne.

Dans le cadre de mon action pour le plan Souveraineté Télécoms, j’ai rencontré des dizaines de sociétés. Dont certaines ont développé des technologies très innovantes, et parfois stratégiques pour la France et notre écosystème. Ce sont des entreprises qui ont du mal à réunir 500 mille euros quand il leur en faudrait 10 fois plus. Et ce n’est pas un Award reçu ici ou là qui change grand chose. Ce qu’il faut aux startups, c’est du financement et du business.

Vous prônez des rapports simplifiés entre startups et grands groupes. Selon quelles modalités ?

Aujourd’hui, c’est très compliqué et très long d’accéder à un grand groupe. Il faut des mois et des mois pour nouer des contacts et bien plus pour parvenir à un achat. Et pour une startup, le temps compte énormément. Mon idée, c’est qu’il faut dans chaque grand groupe un sponsor. Quelqu’un d’accessible et dont le rôle serait de sélectionner quelques startups avec lesquelles il peut traiter et passer des commandes. On voit ici ou là des initiatives pour encourager les startups, mais le meilleur partenariat, c’est le business. L’effet levier est garanti : si vous avez un bon de commande d’1 M€, vous pouvez lever 5 ou 10 M€ d’investissement privés. Il existe des dispositifs pour favoriser la R&D entre petites et grandes structures. Mettons en place des moyens équivalents pour encourager l’activité commerciale.

C’est une façon de structurer l’écosystème ?

C’est d’abord un changement culturel pour que groupes industriels et startups se mettent vraiment à travailler ensemble au-delà de quelques projets de R&D. Dans les grands groupes, l’innovation est généralement incrémentale. Ce sont les startups qui inventent les technologies disruptives. En facilitant l’activité commerciale et le financement, on incite les PME qui détiennent les technologies avancées à rester en France et on fait en sorte d’attirer plus d’investissements privés dans notre pays. Et au final, ça profite à l’ensemble de l’écosystème télécoms français.

Vous avez rencontré des dizaines de startups, un enseignement, un conseil ?

C’est délicat parce que chaque entreprise est un cas différent. Lorsqu’on crée une affaire, la première levée de fonds est fondamentale parce que c’est elle qui conditionne ce qui suit, y compris les tours suivants. Il ne faut pas hésiter à demander plus au premier tour pour structurer l’équipe sur le plan marketing, RH, ligne produit, et bien valoriser l’argent investi. S’il n’y a pas assez d’argent au départ, on entre dans un enchainement compliqué.

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Sur EBlink: e-blink.com

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