Stimergy vend du cloud… et de l’eau chaude

Stimergy vend du cloud… et de l’eau chaude

15 Juin 2016

Cette chaudière qui équipe à Nantes un ensemble de 40 logements sociaux est aussi un mini data center. La startup Stimergy cultive un modèle d’affaires original : elle développe un réseau distribué de centres de données sécurisés et économes qui sont autant de sources d’alimentation en eau chaude des bâtiments.

C’est une panne de climatisation qui a servi de déclencheur. Christophe Perron était responsable d’un centre de calcul dans une startup quand il a constaté combien la température pouvait monter rapidement en l’absence de refroidissement. « C’est quand même dingue d’utiliser de l’énergie pour absorber la chaleur d’une salle serveurs. » Ce sentiment de gaspillage absolu le pousse à imaginer une solution.

Le principe mis au point par Stimergy est très simple : les serveurs sont immergés dans un bain d’huile qui absorbe les calories excédentaires et les transfère à un circuit d’eau chaude utilisable directement dans le bâtiment. La chaudière ainsi constituée servira par exemple de source de chaleur pour préchauffer de l’eau chaude sanitaire ou pour chauffer l’eau d’une piscine. Avec pour avantage de ramener le PUE (Power Usage Effectiveness), coefficient caractérisant l’efficacité énergétique des installation informatiques, à une valeur proche de l’optimale : « En Europe, le PUE est en moyenne proche de 2. C’est-à-dire qu’il faut une unité d’énergie pour faire fonctionner le serveur et une autre pour le refroidir. Avec notre solution, on tombe entre 1,05 et 1,1. Ce qui revient à diviser la consommation d’énergie par 2. »

L’innovation est aussi économique

L’intérêt est évident, à la fois économique et écologique. Restait à imaginer un business model capable de séduire deux marchés totalement différents. Stimergy cible trois types de clients. D’abord les collectivités et universités qui, à travers « la construction d’une salle serveurs écoresponsable » peuvent répondre simultanément à leurs besoins informatiques et à la production d’eau chaude sanitaire pour les bâtiments (résidence d’étudiants, gymnase…). Ensuite les bailleurs sociaux, hôteliers et copropriétés qui cherchent à réduire leur facture énergétique. Ils récupèrent « de la chaleur à bas coût » en échange de l’installation de serveurs dans leurs chaufferies.

Troisième profil de clientèle, les entreprises et éditeurs de logiciels qui cherchent à louer « de la puissance informatique » tout en profitant des caractères « green IT et hébergement en France » de la solution. L’ensemble des chaudières/centre de serveurs installés par Stimergy constitue un réseau maillé d’hébergement de proximité à haute disponibilité. « L’information et les applications sont dupliquées dans différentes installations qui peuvent se secourir mutuellement. »

Une installation en cours à Nantes

À Nantes, une première de ces chaudières numériques vient d’être installée, fin mai, pour desservir en eau chaude 40 logements sociaux de la résidence Albert Londres. « Le but est de réduire les charges de nos locataires », fait valoir Luc Stéphan, directeur de l’innovation à Nantes Métropole Habitat. Une opération qui « entre dans une démarche d’innovation sur les transitions numériques et énergétiques sur lesquelles nous travaillons ». Dans le cas précis, le bailleur achète de la chaleur « chaque chaudière fournira 22 Mégawatts par an ». Le reste, l’exploitation du data center, est du ressort de Stimergy.
La solution est profitable à tous, le seul frein au développement étant l’encombrement : « il faut trouver de la place pour les modules et le ballon d’eau chaude, ce qui n’est pas toujours possible dans un bâtiment existant. »

Vers des projets collaboratifs ?

Bien que basée en Isère, Stimergy est membre du pôle Images & Réseaux, notamment dans l’optique de participer à des projets collaboratifs « du type Smart City ». La jeune entreprise, trois ans d’existence, multiplie les installations : outre l’exemple nantais, son système équipe des logements à Grenoble, une université à Lyon, une piscine à Paris… En janvier, elle a levé 1,25 millions d’euros pour accélérer son développement.

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www.stimergy.net

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