L’open source, une stratégie payante ?

L’open source, une stratégie payante ?

15 Déc 2016

Trois entreprises engagées dans l’univers du « libre » témoignent. Trois belles aventures qui ont en commun de miser, chacune à sa manière, sur la transparence et la gratuité pour avancer. Obeo, Akeneo et Wi6labs expliquent en quoi l’open source peut-être un socle stratégique pour l’entreprise et un levier pour accélérer.

D’après une enquête du Conseil national du logiciel libre, les pure players de l’open source sont résolument optimistes pour 2017 : +25% d’augmentation des effectifs prévus et un chiffre d’affaires qui augmenterait six fois plus vite que dans l’ensemble du secteur numérique (cf Résultats de l’enquête annuelle du CNLL). Le mouvement est fortement présent en France et notamment dans l’ouest où l’ouverture d’une école spécialisée, l’Open Source School, est prévue à Nantes. Mais pourquoi baser une stratégie d’entreprise sur l’open source ? Quels en sont les ressorts économiques ?

Pour en parler, trois entreprises membres Images & Réseaux. Obeo, 11 ans d’existence, est un éditeur de logiciels solidement installé dans sa spécialité : les logiciels de modélisation graphique. La société nantaise emploie une cinquantaine de personnes. Akeneo, également nantaise, est plus récente : elle date de 2013. Son profil est résolument celui d’une startup. Elle vise le leadership mondial du PIM, le Product Information Management. Enfin, Wi6labs évolue dans un tout autre domaine également prometteur, celui des réseaux de capteurs et de l’internet des objets. La startup rennaise propose des solutions globales basées sur les technologies sans fil, basse consommation et longue distance.

La gratuité accélère la diffusion

Pourquoi ce choix de l’open source ? « Pour que les utilisateurs découvrent nos outils par eux-mêmes », argumente Étienne Juliot, vice-président et cofondateur d’Obeo. Il précise : « Nous travaillons sur des innovations de rupture, qui transforment la manière de travailler des gens. Ce sont des outils de modélisation très visuels. Nos solutions étant ouvertes et gratuites, les gens peuvent les découvrir sans barrière financière. Ce n’est qu’une fois que les outils se sont répandus et qu’ils commencent à se déployer sur des projets ayant du budget qu’on nous contacte. Une partie importante de notre business se fait par appel entrant. »

Akeneo utilise ce même levier de la gratuité pour diffuser très largement sa solution. « Nous en sommes à 38 000 installations de par le monde », dénombre le CTO, Benoît Jacquemont. « Ce sont des gens avec lesquels nous n’avons aucun lien commercial mais qui peut-être un jour prendront contact pour acquérir la version entreprise. Par exemple, Samsung US nous a contacté de cette façon, alors qu’ils utilisaient depuis 6 mois la version communautaire. »

Situation différente pour Wi6labs qui, selon Ulrich Rousseau, président et cofondateur de la société, « utilise un modèle hybride ». Les solutions Wi6labs s’appuient sur un cœur open source sous licence BSD et de briques annexes qui restent propriétaires pour « créer de la différenciation ». Mais l’entreprise a elle aussi expérimenté l’efficacité de la diffusion ouverte, c’était dans le cadre de l’initiative rennaise LoRA FABian : « Nous avions créé une plateforme de prototypage rapide autour de la technologie LoRA, a priori destinée aux fab labs et aux écoles. Finalement, on s’est aperçu que ce système open source et open hardware intéressait surtout les industriels pour essayer et évaluer la technologie.  Ça s’est révélé très efficace pour évangéliser le marché. »

La transparence rassure

L’open source est aussi un gage de pérennité et de qualité pour les clients. Ainsi Wi6labs : « Ce que nos clients nous achètent, c’est une offre dont ils sont sûrs qu’elle va durer et qu’elle va évoluer dans le temps. Ça les rassure de savoir qu’elle est basée sur un système open source mature. Autant s’appuyer sur des solutions maintenues dans le temps par une communauté plutôt que de s’enfermer dans du socle propriétaire. »

Pour sa part, Akeneo va très loin dans la transparence : « Nous utilisons la plateforme Github qui permet de collaborer autour d’un projet. Pour développer la partie open source de notre solution, le code est ouvert mais aussi toutes nos discussions. Notre stratégie technique est totalement visible de l’extérieur. Lorsque nos clients choisissent notre outil, ils savent qu’ils ont la possibilité d’avoir la main sur le code. »

Cette large ouverture vaut également pour Obeo. Et si elle comporte quelques risques, l’éditeur s’efforce de les transformer en avantages. « La transparence nous force à être compétitifs commercialement et excellents sur le plan technique sinon on pourrait se faire concurrencer sur nos propres produits. Dans l’open source, il y a une obligation d’excellence si on veut perdurer. »

La puissance de la communauté

L’open source, c’est aussi s’appuyer sur une communauté pour avancer. Wi6labs participe à l’amélioration du cœur open source qu’elle utilise par des contributions, « surtout des drivers ». Les deux éditeurs nantais vont plus loin puisque chacun anime une communauté autour de ses outils. Akeneo estime à « une petite centaine » le nombre de contributeurs autour de sa solution. « Ça peut prendre différentes formes, comme par exemple la traduction. Notre solution existe aujourd’hui en 25 langues grâce aux membres de la communauté. »

Le caractère international de la communauté est également un atout pour Obeo : « Nous avons fait un choix radical de mettre nos technologies et la façon dont on y contribue au sein de la fondation internationale Eclipse. Ce qui donne immédiatement une aura mondiale à nos solutions. Nous participons régulièrement à des conférences techniques à l’étranger en tant que speakers. »

Enfin ouverture et dialogue communautaire constituent un supplément de motivation pour l’équipe interne de développement. Ainsi pour Akeneo : « Un développeur est quelqu’un qui crée et qui a la fierté du travail bien fait. Avec l’open source il peut le prouver par du code visible de tout le monde. » Même avis pour Obeo : « Pour les ingénieurs, c’est très stimulant. À titre personnel, les gens sont connus et reconnus, et ça leur donne la possibilité de communiquer sur ce qu’ils font. L’anglais est un prérequis absolu. »

Tout va bien, merci

Les trois entreprises se montrent très confiantes. Chacune à sa manière a bâti son modèle économique : Obeo par du support et du service autour de ses outils open source, Akeneo par un socle communautaire gratuit et une version entreprise offrant des fonctionnalités avancées, Wi6labs par la constitution d’un package mêlant open source et développements propres.

Leurs dernières actualités. Obeo a organisé, le 15 novembre dernier, un événement international à Paris autour de son produit Sirius (SiriusCon), qui a réuni « plus de 20 nationalités ». Après l’ouverture de bureaux à Boston en août, Akeneo se prépare à lancer une version cloud de son outil logiciel. Quant à Wi6labs, elle vient de remporter, dans le cadre d’un consortium, le déploiement d’un réseau de capteurs qui constituera une vitrine de son savoir-faire sur le marché de la gestion énergétique des bâtiments.

Plus

Obeo www.obeo.fr

Akeneo www.akeneo.com, voir notre article de juin 2016

Wi6labs www.wi6labs.com

Conseil national du logiciel libre www.cnll.fr

 

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