Le pari de Blacknut, dématérialiser le jeu vidéo

Le pari de Blacknut, dématérialiser le jeu vidéo

10 Jan 2017

Alors que plusieurs tentatives de cloud gaming ont échoué, une startup rennaise relève le défi. Blacknut se propose de devenir « le Netflix du jeu vidéo ». Une plateforme capable de proposer les meilleurs titres pour convaincre un large public en France, en Europe et au-delà. À la manœuvre, Olivier Avaro s’est entouré d’une équipe de choc pour faire du jeu un média en ligne aussi facile d’accès que la musique ou les films. Blacknut est membre Images & Réseaux.

« Quand je parle autour de moi de jeux accessibles en streaming depuis n’importe quel écran, les gens me disent : mais comment se fait-il que ça n’existe pas encore ? » Un étonnement dans lequel Olivier Avaro puise un signe encourageant : Blacknut arriverait « au bon moment ». La question du timing semble en effet déterminante. Car l’idée n’est pas neuve, d’autres s’y sont cassés les dents. Et c’est justement l’analyse des échecs passés confrontée aux évolutions intervenues récemment qui permettent à Blacknut d’envisager d’être la première solution de cloud gaming à percer.

Techno, usages, le terrain a changé

L’analyse est d’abord technologique avec des conditions de distribution du service beaucoup plus favorables aujourd’hui qu’il y a quelques années. À commencer par les gains de performances des accès Internet. Le très haut débit qui se généralise accélère le streaming et « réduit le temps de latence », un point crucial pour la fluidité du jeu. Les évolutions des algorithmes de compression sont un autre point positif de même que l’augmentation des capacités de stockage et de puissance de calcul offertes par la généralisation du cloud computing. « Maintenant, les serveurs d’Amazon ou d’OVH permettent d’accueillir les machines virtuelles aux performances suffisantes en termes de CPU et de GPU pour faire tourner des jeux vidéo. Et à des coûts suffisamment bas. Il y a quelques années, ça n’existait pas. C’est en particulier pourquoi une société comme OnLive s’est plantée, parce qu’il lui a fallu construire son propre cloud à coups d’énormes investissements. »

Une autre bonne nouvelle est venue avec l’évolution des usages et une tendance sociétale de fond à se libérer des contraintes matérielles au profit de services en ligne. « Nous bénéficions du mouvement actuel vers la non possession de biens. Vers le fait qu’on n’a plus envie d’acheter une console de jeu tous les deux ans et mettre la précédente dans le placard avec tous ses câbles et manettes. La dématérialisation de la musique et de la vidéo, avec des plateformes comme Deezer, Spotify, Netflix, a évangélisé le consommateur. L’accès en ligne est aujourd’hui un modèle qui apparait comme une évidence, comme naturel y compris pour le jeu vidéo. »

Cibler le grand public

Le troisième axe d’analyse est le positionnement marché. Quand des services comme OnLive visait une clientèle de gamers, fatalement exigeante en termes de performances, Blacknut parie sur l’élargissement à un grand public d’abord séduit par la richesse de l’offre et la facilité d’accès. Olivier Avaro fait volontiers appel à deux références : la Wii pour l’ouverture à un public familial très large et Canal+ pour la qualité du catalogue proposé.  « Notre objectif est de rendre accessible le meilleur du jeu vidéo comme Canal+, celui de la grande époque, proposait le meilleur du sport ou du cinéma. Le jeu vidéo est souvent vu comme étant du sous entertainment pour les geeks alors qu’il est en train d’acquérir ses lettres de noblesse par la richesse graphique et la qualité scénaristique de certaines productions. C’est ce type de jeux que nous voulons faire découvrir. »

Concrètement, le service sera accessible via un abonnement mensuel « sans engagement, avec un premier mois gratuit« . L’utilisateur pourra sélectionner un jeu dans le catalogue proposé et y jouer immédiatement sans installer quoi que ce soit, ni se soucier de contraintes matérielles. D’autres fonctionnalités viendront s’ajouter à l’offre de base comme un moteur de recommandation, car il s’agit aussi « d’amener à découvrir de nouveaux jeux ». Le lancement du service est prévu pour la fin du deuxième trimestre 2017.

Une startup structurée pour réussir

Connu sur la place rennaise pour avoir créé Streamezzo, société spécialisée dans les applications rich media pour mobiles et cédée à Amdocs en 2010, Olivier Avaro profite de son expérience de l’entrepreneuriat pour réunir autour lui les meilleurs talents. Côté technique, c’est Éric Bustarret, également cofondateur, « une personne orientée delivery, avec une grande capacité à produire des technologies qui marchent », fait valoir le dirigeant. Pour sa connaissance du « sourcing » et des éditeurs de jeux, c’est Nabil Laredj qui a exercé auparavant chez Electronic Arts ou encore Gameloft. Enfin Oscar Barda, « le Bernard Pivot du jeu vidéo », sera quant à lui chargé de définir la structure éditoriale du catalogue et dénicher les perles qui feront la différence.

Blacknut est en train de boucler un premier tour d’amorçage après avoir levé 600 000 euros sur la plateforme de financement participatif GwenneG. L’ensemble permettra de finaliser l’offre et de réaliser le lancement en milieu d’année, l’ambition étant de « s’appuyer sur les premières métriques d’usage pour réaliser une très belle série A début 2018 et se donner les moyens d’aller loin ».

Les deux cofondateurs : Olivier Avaro et Eric Bustarret

Les deux cofondateurs : Olivier Avaro et Eric Bustarret

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www.blacknut.com

 

Membre Images & Reseaux

 

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One comment

  1. Dire qu’il n’y a aucune concurrence n’est pas exacte. La société UTOMIK.COM dont le siège est dans la Silicon Valley propose déjà 415 jeux pour moins de 6 euros par mois.