PRACTI SEAS : sécurité maritime et IoT en mer

PRACTI SEAS : sécurité maritime et IoT en mer

6 Avr 2017

Porté par la PME quimpéroise Kenta, le projet PRACTI SEAS est ambitieux. Il veut créer un standard numérique pour la sécurité maritime et poser les premières bases d’un internet des objets en mer. Les difficultés sont d’ordre technique. Mais aussi réglementaire, car il faut convaincre les instances internationales de régulation. À la clé, des perspectives considérables de développement.

C’est devenu un lieu commun : « Le numérique est partout. » Partout, vraiment ? Pas dans le domaine de la sécurité maritime où l’analogique reste la norme. Pourquoi ? « Parce que le domaine est très conservateur en termes de technologie », estime Manuel Billot. À quoi le coordinateur du projet PRACTI SEAS, également directeur technique de la société Kenta, ajoute quelques explications : le caractère éprouvé des équipements actuels, la priorité à la fiabilité par rapport à d’autres critères, la durée de vie des bateaux qui ralentit le rythme du renouvellement technologique. Surtout, la lenteur du processus de normalisation. « Rien à voir avec le monde du mobile où ou introduit un nouveau standard tous les quatre cinq ans. Dans le transport maritime, le processus de normalisation est forcément mondial. Ce ne sont pas des industriels qui interviennent mais des états. Avec donc des considérations géostratégiques et politiques qui font qu’il est difficile d’avancer rapidement. On travaille sur le temps long… Très très long ! »

Un standard mondial créé par une PME bretonne ?

Pour autant, la transition est en cours : « La sécurité maritime va vers le numérique. Ça prendra encore du temps, mais le processus est inéluctable. » Et Kenta espère en être un des principaux artisans. La PME bretonne pousse depuis plusieurs années son propre système de communication radio maritime. Celui-ci, NAVDAT, est reconnu des instances internationales mais toujours en phase d’essai. Avec le projet PRACTI SEAS, Kenta et ses partenaires espèrent relancer le processus de normalisation. « La partie modulation est éprouvée. Il nous reste à démontrer l’applicatif : fixer des cas d’usage et prouver que NAVDAT est capable de les servir. Démontrer les performances sur des applications de sécurité maritime et d’aide à la navigation pour gagner en crédibilité. »

L’enjeu est de taille. Si NAVDAT devient un standard numérique de la sécurité maritime, « tous les bateaux au-dessus d’un certain tonnage et tous les pays qui gèrent une zone maritime devront s’équiper. » De quoi récompenser largement la persévérance et les développements R&D. « Pour une petite structure comme la nôtre, ce sont des efforts considérables sans espoir de retour rapide sur investissement. D’où l’importance de passer par des projets collaboratifs pour aider à les financer. »

Connecter les objets en mer

À côté de la démonstration des possibilités offertes par NAVDAT, le projet PRACTI SEAS comporte un deuxième volet « davantage exploratoire » : le raccordement sans fil d’objets connectés appliqué à l’instrumentation marine. Les solutions qui existent sont soit onéreuses (liaisons satellitaires), soit elles reprennent des standards terrestres (GPRS, 3G, 4G) peu adaptés à l’environnement marin. « Les systèmes sans fil terrestres sont basés sur une maillage régulier de la zone à couvrir. Ce qui est impossible en mer où il faut être capable de communiquer ici sur 30 kilomètres et ailleurs sur 200 kilomètres. C’est d’ailleurs pourquoi, historiquement, les fréquences allouées au maritime sont très éparses. Parce qu’il faut être capable de gérer les problèmes de portée. »

Kenta profite de son savoir-faire en communication maritime pour jeter les bases d’un internet des objets en mer. « On a plus ou moins les mêmes contraintes : la même problématique en termes de couverture réseau, des volumes de données à transporter comparables. Ce qui change, c’est le contexte réglementaire. Notamment l’aspect fréquentiel où c’est le vide absolu concernant l’IoT. »

Deux années de développement

Le projet PRACTI SEAS vient de démarrer. Au terme des deux années prévues, il espère livrer « un démonstrateur abouti » de sécurité maritime NAVDAT et « un premier démonstrateur » de réseau de communication sans fil pour l’internet des objets en mer.

 

PRACTI SEAS en bref

  • Le projet est labellisé des pôles de compétitivité Images & Réseaux et Mer Bretagne Atlantique.
  • Appel à projets : Région Bretagne – FEDER (Fonds européen de développement régional)
  • Il regroupe trois partenaires. Deux PME, Kenta et NKE ; et une école d’ingénieurs, l’ECAM Rennes.

Voir aussi le programme de la conférence du 6 avril : Le numérique au service du maritime

 

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