Optimiser le parcours de soin grâce au numérique ?

Optimiser le parcours de soin grâce au numérique ?

19 Juin 2017

Il y a peu, le sujet « Numérique & santé » était de l’ordre de la prospective. Aujourd’hui il apparait inéluctable. Du fait de la pression technologique qui traverse la société. Mais aussi sous la poussée d’une transition des systèmes de santé : priorité à la prévention, à l’ambulatoire, aux soins à domicile… Reste que la santé est un univers complexe où s’expriment des tensions contradictoires. Retour sur la journée du 14 juin consacrée au parcours de soin et à son optimisation par le numérique, organisée par Images et Réseaux et Atlanpole Biotherapies, en partenariat avec ID2Santé, le Technopôle Brest-Iroise et la French Tech Brest+.

L’intérêt ne faiblit pas. Au rythme de deux par an, les journées Numérique & santé passionnent. Ce fut une nouvelle fois le cas lors de l’étape brestoise du 14 juin sur le thème : « Le parcours de soin, comment l’optimiser grâce au numérique ? » Celle-ci réunissait environ 80 participants. En particulier des professionnels et des personnels des administrations liées à la santé. Également des startups de plus en plus nombreuses à trouver dans ces événements l’opportunité d’idées et de contacts. L’événement se tenait dans le superbe décor que sont les Ateliers des Capucins, autrefois occupés par l’arsenal de Brest.

Les journées Numérique & santé font partie du dispositif DigitalForLife mené conjointement par Images & Réseaux et Atlanpole Biothérapies. Celui-ci comprend, outre ces journées de stimulation de l’écosystème en Bretagne et Pays de la Loire, un programme d’accélération avec des appels à défis lancés chaque année. L’occasion pour les startups de bénéficier d’aides et expérimenter leurs produits et services en lien avec des établissements de santé sponsors de l’opération. Le dernier appel en date se clôturait le 16 juin.

Passer à une logique d’équipe soignante

Les débats, menés tambour battant par Simon Boisserpe, commençaient par s’intéresser à l’évaluation du programme TSN. Lancé en 2014 dans le cadre des Investissements d’avenir, Territoire de soins numérique vise à moderniser le système de soins en expérimentant des technologies et services dans des zones pilotes. La sociologue Tamara Roberts fait partie de l’équipe qui en évalue les effets en Nouvelle Aquitaine. Sous l’angle de l’innovation et, surtout, de la coordination car les changements sont aussi organisationnels. D’après le ressenti des professionnels interrogés, la question de la coordination apparait complexe. Pour des raisons médicales (polypathologie) mais aussi de cumul des problèmes : patient réfractaire aux soins, absence d’aidants, troubles psychiatriques, difficultés socio-économiques. Également par manque de moyens dédiés à la coordination : peu de temps, pas de financement, des outils hétérogènes, une mauvaise circulation de l’information.

Selon la sociologue, le médecin généraliste jouait jusqu’alors « un rôle pivot » dans le parcours du patient. Il agissait « en chef d’orchestre » et souvent de manière informelle. Il s’agit maintenant, pour améliorer la coordination du parcours de soin, de passer d’une relation médecin-patient à « une relation équipe de professionnels – patient ». Ceci dans une logique d’écosystème numérique qui remplace les traditionnels « téléphone, courrier » ou même « le mail non sécurisé ». D’après la dernière évaluation, en 2016, « les professionnels commencent à utiliser le service de coordination ». Mais de nombreux problèmes subsistent. Par exemple : « les infirmières à domicile ne sont pas destinataires des informations alors que ce sont elles qui sont au contact des patients. »

Globalement, le ressenti par rapport à l’innovation numérique est « plutôt positif ». Avec des attentes très fortes quant au gain de temps. Mais les professionnels manifestent aussi des réserves, qui se traduisent par une attitude dominante « craintive et critique ». Quel est le véritable objet de la peur, se demandent les sociologues, le numérique ou bien le changement ? Parmi les réticences vis-vis du numérique : le risque de perdre de la proximité avec le patient, la fuite de données personnelles, la méfiance vis-à-vis d’un contrôle possible. Mais il semble que le plus grand frein est la résistance au changement : le sentiment de remplacer un existant qui fonctionne, la réticence au travail pluridisciplinaire, l’essoufflement et la démotivation liés à un trop plein d’expérimentations parfois vécues comme inefficaces.

Un problème récurrent : l’absence d’outils fédérateurs

En dehors du programme TSN, il existe bien d’autres initiatives. Et une évidente convergence dans les constats. Laurence Julien-Flageul et Christelle Collec du CHU de Brest intervenaient sur la question de la fluidité du parcours patient. Plus particulièrement la gestion des lits : « Un défi » que l’on relevait jusqu’alors avec « papier-crayon et téléphone ». Car les différents services utilisent des logiciels « pas toujours interfacés ». D’où la nécessité d’un développement spécifique : « Tout ça paraît naturel lorsque nous le décrivons, mais ça n’existait pas du tout. » Dans un premier temps l’outil se limite à la gestion des hospitalisations programmées (hors urgences). Bilan : au-delà des réticences, une meilleure maîtrise des hébergements. Mais il reste une marge de progression : « l’idéal serait de pouvoir projeter à 2 ou 3 jours. »

Dans les GHT aussi on repense le parcours du patient. Les GHT ce sont les groupements hospitaliers de territoire qui parient sur la mutualisation des moyens entre plusieurs établissements voisins. Ainsi le GHT de Bretagne occidentale, représenté par Marie Méhu, travaille dans une logique de « construction d’un projet médical« . Avec, en particulier, un parcours de soin qui n’est plus pensé sous le seul angle de l’hôpital mais « du départ du domicile jusqu’au retour à domicile ». Principale difficulté : harmoniser les systèmes d’information entre les différentes parties prenantes. L’objectif est de faciliter la communication mais aussi d’améliorer la prise en charge en menant des projets autour de « nouvelles idées ». Un exemple : le suivi à domicile des insuffisants cardiaques pour lequel rien n’existe. Peut-être un sujet à saisir ? « Nous avons fixé une feuille de route… Nous sommes ouverts aux entreprises du numérique. »

Revoilà le DMP

Pour le GHT de l’Union hospitalière de Cornouaille centré sur Quimper, la coopération entre établissements remonte à 2009. Si bien que, comme l’expose le docteur Cécile Partant, « le projet est plus avancé ». Plusieurs développements sont en cours, qui prennent la forme de partenariats avec des startups, dont certains dans le cadre de DigitalForLife. Et de citer les projets menés dans une logique « gagnant-gagnant » avec MaPUI, Qalyo, BYM, NFSave, Around Innovation… D’autres projets à venir portent sur les systèmes d’information : parcours de soins du patient intra-hospitalier, et parcours de soins ouvert à l’ensemble des professionnels du territoire. « Pour nous la e-santé devient indispensable depuis le développement de l’ambulatoire… Et c’est aussi donner une image d’un hôpital de son temps. »

On le voit, chacun travaille sur des solutions. L’URPS Médecins Libéraux Bretagne développe également des outils. Mais n’y a-t-il pas un risque de multiplication des formats d’échange de données ? Ressurgit alors le fameux DMP : le dossier médical partagé. La CPAM des Côtes d’Armor en expérimente une version 2 depuis 6 mois. De la présentation effectuée par Laetitia Nicol ressortent deux sentiments contradictoires : l’intérêt évident d’un format normalisé pour faciliter les échanges, mais de grandes difficultés dans la mise en œuvre. Ne serait-ce que pour établir une cartographie des logiciels compatibles : « Certains se disent compatibles DMP mais ne le sont qu’avec la V1, pas la V2 ». Pas très rassurant quand on se souvient que le projet DMP a été lancé initialement en… 2004.

Du pain sur la planche pour les startups

La journée était riche d’enseignements pour qui veut appréhender le domaine de la santé et découvrir les multiples besoins des professionnels. Elle était aussi l’occasion de retrouver quelques startups : MaPUI qui a peaufiné sa solution d’optimisation médicamenteuse dans le cadre de DigitalForLife ; Télécom Santé dont les solutions multimédia et communicantes sont développées par un effectif atteignant aujourd’hui 41 personnes ; Directosanté maintenant orientée vers le suivi du parcours avant et après hospitalisation ; Around Innovation en cours de preuve de concept de sa solution d’amélioration du parcours patient. Et la toute nouvelle Immersive Therapy et ses plateformes thérapeutiques ludiques à base de réalités virtuelle et augmentée.

La prochaine étape du programme « Numérique & Santé » sera nantaise. Ce sera le 21 septembre sur le thème de la médecine prédictive dans le cadre de Nantes Digital Week.

 

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Site du programme DigitalForLife

 

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