Open Innovation Camp : l’art d’utiliser la R&D collaborative

Open Innovation Camp : l’art d’utiliser la R&D collaborative

10 Juil 2017

Le 4 juillet à Nantes, c’était la fête de la R&D collaborative Images & Réseaux. L’open Innovation Camp 2017 proposait des démos, des stands, une R&D Battle remportée par le projet Intuiscript, du networking… Mais aussi trois ateliers en forme de retours d’expérience sur les mille et une façons d’utiliser la R&D collaborative pour avancer. Plus que de technologie, on y a parlé différenciation, accélération, diversification, visibilité, ouverture sur l’international… Autant de leviers permis par les projets.

L’Open Innovation Camp, c’est LE grand rendez-vous annuel. Une réunion de la communauté Images & Réseaux autour de ses projets R&D. Et, au-delà, autour des produits, services et startups générés par la collaboration entre PME, industriels et recherche académique. L’édition #OIC2017 se tenait le 4 juillet dans les locaux d’Audencia Bachelors à Nantes. Où se côtoyaient plus de 30 stands de toutes natures.

Pour toucher du doigt la diversité des démos et entreprises présentes, quelques exemples. Dans le domaine de l’IoT version 5G, on trouvait le projet Accent5 qui planche sur les communications de terminal à terminal (D2D). Côté HealthTech, Robotopi, une structure crée par Conserto pour proposer des solutions de robotique humanoïde. Et CleanTech, Drop’nPlug, une sorte de réseau social des bornes de recharge électrique pour véhicules. La sécurité était présente bien-sûr avec le projet IDFraud de modules de détection et profilage des fraudes sur l’identité. L’entertainment aussi avec, entre autres, Blacknut, la plateforme de jeux vidéo à la demande…

Bref de quoi s’informer et ouvrir de grandes antennes sur de possibles projets ou opportunités. D’autant que quelques grands noms comme Enedis et GRTgaz étaient également présents. La journée était résolument placée sous le signe du collaboratif. Pour quels bénéfices concrets ? Trois ateliers participatifs apportaient une somme de réponses tirées du vécu des porteurs de projet.

« Il faut synchroniser le projet avec la roadmap de l’entreprise »

Renaud Séguier est enseignant chercheur à Centrale Supélec. Il est aussi multi-entrepreneur car cofondateur de deux startups : Dynamixyz spécialiste de la capture et de l’animation faciales, et 3D Sound Labs qui apporte au casque audio un son 3D personnalisé. Entreprises avec lesquelles il a participé à des projets collaboratifs : SKETCHER et IMMERSIVITE. Fort de ces expériences, il veut faire passer un message : « Il faut absolument synchroniser le projet avec la roadmap de l’entreprise, sinon c’est une perte de temps. » Autrement dit, il ne faut pas candidater de façon opportuniste mais cibler et voir loin, « même si le projet ne débouche pas immédiatement sur un produit ». Par ailleurs, il conseille de se faire accompagner dans le montage du dossier. En particulier par le CSV Images & Réseaux pour « se challenger ». Car au final, « c’est autant d’erreurs évitées ».

Toujours dans le même atelier « Comment mon 1er AAP PME m’a converti à la R&D ? », c’est au tour de Sébastien Duré. Et un vécu différent puisque le projet LMC (Lit médical communicant) a été récompensé aux Trophées Loading the Future 2015. Ce qui, pour le directeur de Télécom Santé, « nous a apporté énormément de visibilité, y compris à l’étranger ». Au-delà de l’intérêt évident de la réunion de compétences complémentaires autour d’une même idée, le jeune entrepreneur souligne la possibilité de « prendre en compte les end-users dans le processus de conception ». Il fait référence à un autre projet, PRISME, qui fait le lien entre fauteuil intelligent et lit intelligent pour détecter et prévenir les chutes. Projet dont un des partenaires est un centre de médecine physique, le Pôle Saint-Hélier, ce qui permet « des retours au plus tôt » de la part des professionnels comme des personnes handicapées.

« Je n’avais pas imaginé que nous ferions des box pour bateaux »

Le deuxième atelier s’intéressait à la diversification vers de nouveaux secteurs, grâce à la R&D collaborative évidemment. Avec d’abord Yann Toutain de MVG, groupe spécialisé dans les tests et mesures des équipements sans fil. Il a participé au projet TMS, Terminal Marine Stabilisé, piloté par Thales. Celui-ci visait à développer un boîtier 4G marinisé qui permette de relayer le haut-débit à bord d’un bateau naviguant non loin des côtes. Aujourd’hui, TMS est devenu un produit MVG, NeptuLink, qui facilite la vie des marins partout dans le monde car moins cher que les liaisons satellites. Ce dont le responsable R&D se félicite « Deux ans après la fin du projet, on commence à avoir de belles références… Nous étions exclusivement en B2B et nous voilà maintenant également en B2C. Le monde de la mer est un secteur que nous connaissions peu… Je n’avais pas imaginé que MVG ferait un jour des box pour bateaux. » En contrepoint, il prévient qu’il existe aussi des pièges à éviter tels que « les opportunités qu’il faut savoir filtrer pour ne pas se noyer ».

À suivre, Vincent Roirand raconte comment Mazédia, initialement agence Web et multimédia, s’est appuyée sur des projets R&D pour explorer de nouveaux horizons dans le domaine culturel. D’abord avec un premier projet, PARCOURS DE VISITE, qui a débouché sur la solution Wezit. Une plateforme transmédia de médiation culturelle permettant de gérer des contenus et programmes interactifs sur guides mobiles, bornes interactives, sites Internet, etc. Puis pour élargir le modèle d’affaires, avec un deuxième projet qui vient de démarrer : EC BRIDGE. Il s’agit cette fois de prolonger Wezit par une ouverture vers « l’éducation dans des sciences, des arts et de l’histoire ». Parmi les enseignements tirés des différents partenariats, le patron de l’entreprise nantaise retient entre autres qu’il y a « beaucoup à apprendre des académiques sur le plan méthode ».

« Si on est bons en France, on est bons en Europe »

Le palier suivant, ce sont les projets européens. Une autre dimension qu’il faut savoir aborder « sans complexe » avertit Yannick Estève, chercheur au LIUM, Laboratoire d’informatique de l’université du Maine. Parce que « si on est bons en France, on est bons en Europe ». Il faut dire que son labo a été classé dans le Top 40 des structures les plus innovantes d’Europe, grâce à ses travaux sur la reconnaissance vocale. Pourtant, il existe bel et bien un déficit français dans les projets européens. La faute aux langues ? En partie sans doute, admet le chercheur pour qui il est impératif d’être « à l’aise en anglais ».

Profil différent pour Olivier Philippot, CTO de Greenspector. Il s’agit cette fois d’une jeune et petite structure qui a mûrit sa R&D grâce au projet CODE VERT (AAP PME 2011). Pour ensuite franchir un nouveau cap avec le projet européen CONVINCE (Eureka Celtic Plus 2014). Aujourd’hui Greenspector est éditeur d’une solution qui traque les surconsommations des logiciels, avec des ambitions qui dépassent les limites de l’hexagone. « CONVINCE est un premier pas à l’international. Nous sommes une petite structure, ça nous permet de nous tester. Il est clair que des portes vont s’ouvrir, pas forcément tout de suite. Ça nous donne l’occasion de faire des speeches, de publier. C’est grâce à ça qu’on a eu un appel entrant venu de Chine. »

Quant aux problèmes de langue, il relativise : « Nous sommes aussi bons à l’oral que les Espagnols. Et bien meilleurs que les Chinois ! »

 

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Également sur l’Open innovation Camp 2017, voir :

Crédit Photos : Caroline Ablain

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