Données : « Un virage qu’il ne faut pas rater »

Données : « Un virage qu’il ne faut pas rater »

21 Sep 2017

Sophie Tardivel en est convaincue : la science des données peut devenir un pilier économique de la Bretagne et du Grand Ouest. Mais il est urgent de saisir l’opportunité. Le Breizh Data Club qu’elle préside a été créé par quelques startups pour jeter localement les premières bases d’un « écosystème data ». Première action d’envergure : l’organisation d’un Breizh Data Day à Rennes le 19 octobre.

Passée par la case Télécoms chez Alcatel-Lucent devenu Nokia, Sophie Tardivel est aujourd’hui data scientist. Elle dirige la toute jeune société Doptim, experte en optimisation des données. Et elle préside l’association Breizh Data Club fondée par quatre startups : Advalo, Data2B, Doptim et ThinkR.

Sophie Tardivel

Quel est le point de départ du Breizh Data Club ? Quelles raisons ont motivé sa création ?

Sophie Tardivel. Notre démarche est née de deux constats. D’abord, les données sont devenues un énorme enjeu pour l’économie parce qu’elles créent de la valeur que l’on n’avait pas perçue auparavant. Aujourd’hui, c’est devenu évident aux États-Unis. Ce qui place les Américains dans une position d’ultras dominants. En France et en Europe, on s’y met. Mais avec beaucoup de retard sur tous les plans : outillage, compétences, investissements…

L’autre constat est local. En Bretagne et dans le Grand Ouest, les gens spécialisés dans les données sont dans des petites structures comme la mienne. Et ceux qui travaillent au sein de grandes structures traditionnelles sont relativement isolés. Pour dynamiser, il faut permettre à tous ces gens d’échanger régulièrement. Créer un écosystème data aussi costaud qu’ont pu l’être les Télécoms il y a quelques années.

La data est un virage qu’il ne faut pas rater, il faut se dépêcher d’y aller. Car sinon on risque de se retrouver avec d’énormes pôles aux États-Unis et, dans une moindre mesure, à Paris. On observe que les recrutements de data scientists se font essentiellement, et de manière flagrante, près des sièges sociaux des entreprises. Il existe un énorme appel d’air qui envoie les jeunes vers Paris, Londres ou ailleurs. C’est aussi pour cela qu’il faut faire en sorte que la Bretagne et le Grand Ouest existent dans le monde de la data.

Notre territoire a-t-il une carte particulière à jouer ?

ST. Nous avons ici un pôle d’ingénierie, lié aux secteurs technologiques traditionnels, particulièrement favorable en termes de compétences. Les universités et les écoles d’ingénieurs sont à la page. J’y vois une vraie dynamique Données, souvent en lien avec l’intelligence artificielle : le machine learning, le deep learning. Tout cela est lancé aujourd’hui.

Ensuite, il existe un lien évident avec la cybersécurité qui est un autre point fort régional. La valorisation des données et la protection des données sont des pôles de contradiction. Et c’est en faisant dialoguer ces deux exigences que l’on pourra progresser. Par ailleurs, on voit grandir l’importance des données temps réel. Ce que l’on sait très bien traiter dans les télécoms. Le triangle constitué de la valorisation des données par la data science, de la protection par la cybersécurité, du temps réel grâce aux télécoms, est un vrai atout. C’est là-dessus qu’on peut bâtir une dynamique.

Qu’en est-il des besoins ? Identifiez-vous ici des secteurs où il y a matière à exploitation des données ?

ST. On peut citer en premier lieu les activités industrielles. Donc chez nous le secteur agroalimentaire. Mais potentiellement, tous les secteurs économiques sont concernés. Toutes les PME qui disposent de quantités de données dans leur système d’information peuvent envisager un projet data. Même quand on n’a pas de robots ou d’automatismes, il existe certaines routines dans l’entreprise qui méritent d’être analysées et interprétées.

Qu’attendez-vous du Breizh Data Day ?

ST. Précisons d’abord que l’événement est gratuit et ouvert à tous. C’est important de le dire parce que l’objectif est aussi que le plus grand nombre s’approprie la data et vienne en discuter. La conférence touche à une grande variété de sujets. Certains très techniques, en particulier le matin. Avec ensuite une ouverture à des sujets plus accessibles et pouvant générer de la polémique parce qu’il est important que tout le monde réfléchisse. Quelle est la valeur que l’on peut créer à partir des données ? Est-ce qu’elles sont à protéger ou à partager ? La question du RGPD, le Règlement général sur la protection des données qui s’appliquera à partir de mai 2018, sera l’un des sujets abordés.

 

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Programme et infos sur le Breizh Data Day : breizhdataday.github.io

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