IA+5G+Cybersécurité, un cocktail qui bouscule l’économie

IA+5G+Cybersécurité, un cocktail qui bouscule l’économie

29 Nov 2017

D’un côté, la PME industrielle Armor Meca ; de l’autre, le groupe bancaire CIC. Des métiers aux antipodes. Pourtant tous deux transformés en profondeur par l’intelligence artificielle, l’arrivée de la 5G, et l’exigence de cybersécurité. Retour sur Meet the Innovation Leaders. Une table ronde sur le thème « IA, 5G cybersécurité, ces technos numériques qui bouleversent l’économie… »

C’était le 23 novembre à L’Inria Rennes Atlantique. Meet the Innovation Leaders était l’autre temps fort de l’assemblée générale Images & Réseaux après l’élection du conseil d’administration. Autour de la table, deux personnalités engagées dans l’innovation au sein de leurs entreprises : Stéphane Paul, Directeur général adjoint de Armor Meca ; Thierry Pertuy, catalyseur de l’innovation du groupe CIC. Et pour éclairer la discussion, trois experts… Pour l’intelligence artificielle, Luis Galarraga del Prado, chercheur à l’IRISA. Pour la 5G, Christophe Henry, chercheur chez Nokia. Pour la cybersécurité, David Espès, chercheur à l’UBO. Le débat était animé par Thibaut Boulais, journaliste à TV Rennes.

L’innovation, une obligation

Armor Meca est une PME en forte croissance. Ses spécialités : l’usinage de précision, l’assemblage et la fabrication additive. Ce qui l’amène à travailler pour des secteurs très diversifiés : l’aéronautique civile, la défense, mais aussi « l’énergie et le médical » précise Stéphane Paul. Dans son domaine – la fabrication de pièces complexes – l’entreprise installée entre Dinan et Saint-Malo est soumise à une rude concurrence. Ce qui l’a amenée à miser très fort sur l’innovation. « Nous sommes obligés de robotiser à outrance… Face aux pays low cost, il faut maîtriser notre masse salariale. Même si, en pratique, nous embauchons 60 personnes cette année. »

Innovation et diversification sont aussi des mots-clés de la stratégie CIC. Le groupe est connu pour ses activités de banque-assurance. « Mais pas seulement », observe Thierry Pertuy. Il est aussi « leader français » de la télésurveillance du domicile et un opérateur de téléphonie mobile. Il s’appuie, pour l’ensemble de ses activités, sur un réseau de près de 2000 agences.

Remplacer l’humain ou seulement l’assister ?

L’intelligence artificielle est-elle déjà présente chez Armor Meca ? Oui, affirme Stéphane Paul. Elle permet aujourd’hui de « programmer la fabrication d’une pièce en automatique ». Au-delà, d’effectuer un contrôle automatisé de la pièce et, éventuellement, de prévoir « une rectification du programme ». Mais comment le remplacement de l’humain par des automatismes est-il perçu ? « C’était une inquiétude », convient le directeur général adjoint. Si bien qu’Armor Meca associe systématiquement « l’équipe d’intégrateurs avec l’équipe de terrain ». L’objectif étant que le personnel « monte en compétences » à mesure que l’entreprise progresse en technicité.

Du côté du Groupe CIC, on en est à une première étape d’évaluation des technologies comme l’intelligence artificielle, qui passe par l’expérimentation. Ceci pour « entrer de manière concrète dans la technologie et aboutir à des solutions opérationnelles », explique Thierry Pertuy. Puis il donne l’exemple du traitement automatique des mails clients. Où l’outil détecte « l’intention et l’urgence contenue dans le mail » de façon à alléger et simplifier le travail des conseillers financiers. Dans le même esprit, la banque développe des assistants virtuels, des chatbots, capables de traiter les questions les plus fréquentes. Une fois ces outils testés, il faudra passer à une étape d’industrialisation avant de les généraliser. « Nous pensons que ces techniques peuvent s’appliquer à un grand nombre de cas. On peut même se demander à quels cas elles ne pourraient pas s’appliquer. »

Pour sa part, le chercheur Luis Galarraga del Prado met en garde contre le risque de perte du contact humain. « Avec l’intelligence artificielle, il s’agit de rendre les personnes plus efficaces, d’accélérer les processus. Mais je ne suis pas pour remplacer les personnes par des machines. » Un discours auquel Thierry Pertuy souscrit en parlant de « conseiller augmenté », dans une logique d’assistance de l’expert métier par des automates.

5G. Ça commence dès les jeux olympiques d’hiver

La 5G va bientôt arriver. En commençant par l’Asie et les jeux olympiques d’hiver selon Christophe Henry. Alors, que va-t-elle changer pour Armor Meca ? Rien dans l’immédiat, avertit Stéphane Paul : « Nous allons attendre un peu. » L’entreprise préfère une position de veille sur le sujet pour « voir ce qui se faire à distance en termes de maintenance, de supply chain et de commerce ».

Quoi de neuf avec l’arrivée de la 5G ? Christophe Henry résume les avantages attendus en trois points. D’abord une réduction de la latence « d’un facteur 10 », indispensable lorsqu’il s’agit de piloter une machine à distance. Ensuite, une augmentation des débits, « 1 gigabit de données », qui outre la vidéo sera bien utile aux applications comme la réalité augmentée. Enfin, la connectivité à l’internet des objets avec la possibilité de raccorder des objets connectés dans un environnement maîtrisé. Nokia envisage de disposer d’une plateforme d’expérimentation en 2018 : « après, c’est aux utilisateurs d’imaginer des solutions ».

Thierry Pertuy, pour le groupe CIC, attend de la 5G une réelle séparation entre les services. Ceci pour garantir une qualité de service optimale aux « missions critiques ». Comme par exemple, la télésurveillance. David Espès confirme que cette séparation sera intégrée dans la 5G grâce au « slicing ». Cette technique de découpage du réseau en tranches permettra de créer des réseaux virtuels dédiés par-dessus l’architecture mutualisée et d’offrir ainsi « une verticalité dans la gestion des services ».

Cybersécurité. Une course qui ne s’arrête jamais

Quand vient le tour de la cybersécurité, la première question est pour le groupe CIC. Fait-il l’objet d’attaques ? « Elles sont quotidiennes » admet Thierry Pertuy. Et il se félicite qu’aucune n’ait abouti à « un sinistre ». Ceci grâce à la prévention et aux « moyens de lutte déployés : tests, outillage, audits de code »… Face au renouvellement des attaques, la course est permanente, qui réclame d’être « toujours à niveau ».

Question sensibilisation, David Espès voit deux catégories. Les grandes entreprises qui ont « intégré la cybersécurité » dans leurs processus. Et les autres, les PME, pour lesquels ce serait « plus difficile ». Il préconise de se saisir de la problématique en amont, en réalisant « une analyse des risques ». Puis d’adapter la réponse selon les caractéristiques de l’activité : « Dans le secteur bancaire, on va prioriser la confidentialité. Alors que dans l’industrie, l’accent sera mis sur la disponibilité. » Dans tous les cas, « l’objectif est de réduire la surface d’attaque ». Le chercheur de l’UBO lance alors un avertissement : « Il est beaucoup plus simple de cibler les personnes que de trouver une faille de sécurité sur les équipements. La sensibilisation et la formation du personnel est une démarche de fond. »

Pour Thierry Pertuy, la cybersécurité est « une culture » qui doit diffuser en direction du personnel de l’entreprise « mais aussi des clients ». En interne le Groupe CIC utilise des serious games pour « mettre les gens en situation et acquérir les bons réflexes ». De son côté, Armor Meca s’estime exemplaire « jusqu’à présent ». Chaque année l’entreprise est évaluée « par des audits indépendants ».

IA, 5G, Cybersécurité : se former et se faire accompagner

Une question a émergé de façon récurrente quelle que soit la technologie abordée, celle du besoin en compétences. Par exemple, Thierry Pertuy souligne à propos de l’intelligence artificielle : « Nous avons du mal à capter les compétences sur ce sujet. » Si bien qu’une des réponses consiste à former les équipes en place. Luis Galarraga del Prado estime d’ailleurs qu’il faut à côté des spécialistes un personnel formé : « Chacun devrait avoir un minimum de connaissances. » Formulé autrement, Thierry Pertuy parle de « culture digitale » qui doit s’étendre aux métiers « pour avoir une perception de ce que la technologie peut apporter ».

La réponse est donc dans le recrutement et la formation… Mais il existe aussi une troisième voie qui passe par le partenariat. Ainsi Stéphane Paul pour Armor Meca : « Nous ne pouvons pas tout faire seuls. Nous nous appuyons beaucoup sur les universités bretonnes… Quand le besoin se fait sentir, nous cherchons des partenaires pour nous accompagner. » Discours comparable de la part de Thierry Pertuy du Groupe CIC : « Un des défis pour une grande structure comme la nôtre, c’est d’acquérir de l’agilité. Ce qui suppose une transformation de l’entreprise. Et donc travailler avec d’autres, dans un esprit d’open innovation… »

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