Un journal uniquement sur tablettes : la solution pour Ouest-France ?

Un journal uniquement sur tablettes : la solution pour Ouest-France ?

20 Nov 2013

Le média breton expérimente à travers un nouveau quotidien sur support mobile. Une façon de tester de nouveaux formats éditoriaux, mais aussi de nouvelles recettes, dans un contexte d’érosion des ventes du papier.

La presse papier serait sur le déclin. Pourtant elle bouge encore. La preuve, Ouest-France vient de lancer un journal dédié spécifiquement aux tablettes. Nommé « l’édition du soir », il vise à investir le marché de ce nouveau support entièrement numérique. Actuellement en phase de test, un exemplaire est diffusé chaque semaine le jeudi soir (gratuitement et sur iPad pour les premiers numéros). A terme, l’idée est de proposer un document quotidien en fin de journée. Il cherche ainsi à être « complémentaire de ce que [Ouest-France] peut faire le matin sur [son] journal papier et toute la journée avec [son] site internet », d’après Edouard Reis-Carona, responsable du projet. Ce positionnement s’explique aussi par un constat : « le pic de consommation et de lecture sur ce support se fait plutôt le soir ».

La genèse de cette idée remonte à janvier dernier avec la création d’un groupe projet. Son objectif : « trouver d’autres contenus » susceptibles de compenser la baisse des ventes du papier. Dans ce domaine, le premier quotidien de France avait déjà sorti une nouvelle version de son application sur tablette au cours des derniers mois. A chaque fois, l’avantage de ce support est le même, une « possibilité de monétiser », « contrairement au web qui est d’avantage associé à la gratuité » d’après le rédacteur en chef de l’édition du soir. Ouest-france.fr ne prévoit d’ailleurs pas pour l’instant de passer en mode payant.

Un positionnement national

La particularité de « l’édition du soir » est aussi de se placer comme un média national. On ne retrouve donc pas l’accroche locale avec les 12 départements du journal papier. L’explication est double. D’une part Ouest-France souhaite s’adresser à « un marché francophone ». D’autre part, il est compliqué pour la petite équipe qui pilote le projet de couvrir finement un si large territoire. De leur côté, les locales doivent déjà réaliser une ou plusieurs éditions pour le print et alimenter le site web. Ce choix est pourtant un risque pour un acteur de la PQR, qui ne pourra alors plus se différencier par un ancrage local. Pour Edouard Reis-Carona, il s’agit surtout de coller au moment de la journée qui est plutôt dédié à « la lecture détente », avec « des rubriques ciné, télé, cuisine, voyage »…

Avec ce projet, Ouest-France se porte en tout cas sur le terrain de l’expérimentation, car « il s’agit d’une première en France ». Un tâtonnement qui n’est pas tabou au contraire, puisque le journal souhaite avoir des retours de ses premiers utilisateurs. Il est ainsi possible de donner son avis en écrivant à « l’édition du soir » par mail. Cette démarche a d’ailleurs suscité beaucoup de curiosité, notamment de la part du reste de la presse française. Si les premiers échos sont plutôt bons pour la partie éditoriale, la réussite se mesurera à la partie financière. L’édition du soir est en effet attendue comme une nouvelle ressource sur le plan économique pour le groupe. Mais même si ça ne devait pas être le cas, le quotidien français aura au moins avec ce projet, le mérite de chercher une solution.

Plus :
Présentation du journal par Ouest-France

3 revues numériques qui révolutionnent la bande dessinée

3 revues numériques qui révolutionnent la bande dessinée

30 Oct 2013

Une BD qui bouge, est-ce encore de la BD ? C’est, en substance, la question qui hante l’esprit du spectateur de la conférence sur la bande dessinée numérique, qui avait lieu samedi au festival Quai des Bulles de Saint-Malo.

Parmi les invités, les magazines Professeur CyclopeLa Revue Dessinée et Nemo.

Point commun ? Ces pionniers testent de nouvelles façons de lire les bandes dessinées. Nous en avons sélectionné quelques exemples, qui vont du simple GIF animé jusqu’au documentaire dessiné.

Les BD « powerpoint »

Au commencement, il y a une case de BD. Quand on clique dessus, une autre case apparaît à côté et nous donne un éclairage nouveau sur la première scène.

On clique encore une fois. L’expression d’un personnage change brusquement. Une bulle apparaît. La scène se remplit au fil de nos clics. Impossible de savoir où on va.

Le tout fait penser aux diapos Powerpoint (en beaucoup moins barbant) et s’appelle Le sourire de Rose, par  Sacha Goerg, publié dans Professeur Cyclope.

« On ne veut pas aller trop loin, au risque de faire du sous dessin animé », prévient Gwen de Bonneval, directeur éditorial de cette revue qui regroupe des auteurs avides de sortir des cases. Le futur Metal Hurlant des tablettes ?

Ce type de médias rencontre deux principaux obstacles : trouver comment rémunérer des auteurs du numérique qui ne fonctionnent pas « à la planche », et inventer des applis dont l’abonnement sera compatible avec les règles de constructeurs (comme Apple).

Pour l’heure, Professeur Cyclope est « freemium » : une partie du magazine n’est accessible qu’aux abonnés (33€ par an), qui peuvent par ailleurs accéder aux anciens numéros. Ils seraient 1000 à avoir déjà craqué pour ce véritable laboratoire, soutenu par Arte.

Du son, des vidéos…

La chaîne culturelle s’intéresse de près à la bande dessinée numérique. Elle a déjà épaulé la BD interactive Anne Franck au pays du manga. Certaines cases sont animées et « augmentées » de commentaires audio, de vidéos… Est-ce encore de la BD, ou le dessin n’est-il qu’un média parmi tous ceux qui composent le cocktail de ce webdocumentaire ?

Le reportage BD, c’est le credo de La Revue Dessinée : Olivier Jouvray et David Servenay, membres de l’équipe, explique que, chaque mois, les lecteurs peuvent retrouver sur leur tablette les reportages dessinés publiés dans la revue, enrichis de sons ou de vidéos.

Le canevas infini

A bas les bordures ! Plus d’écrans fixes à faire passer les uns après les autres ! Les BD à canevas infini utilisent le défilement de l’écran pour raconter l’histoire.

Résultat : une très, très grande case dans laquelle on descend, descend… les notions d’espace et de temps se mélangent, évoquant une longue chute, jusqu’au point final. Le procédé a été utilisé par plusieurs auteurs, comme Saturnome ou Boulet.

Les cases animées

Boulet a également fait le buzz ces dernières semaines avec sa planche « Notre Toyota était fantastique », qui s’inscrit dans le style « cases animées ».

Moitié BD, moitié GIF, ces hybrides semblent sortis de Harry Potter : les cases restent à leur place, mais comportent des éléments qui bougent en boucle, comme l’éclairage.

Le procédé ne fait pas l’unanimité. Pour Alain Korkos, d’Arrêt sur Images, la BD classique a depuis longtemps appris à retranscrire le mouvement sans user de ces artifices.

L’histoire dont vous êtes le héros

Si les BD dont on est le héros existent depuis longtemps, le format papier limite leur taille ainsi que la capacité à revenir en arrière. On trouve des version en ligne affranchies de ces handicaps, comme A Duck Has An Adventure (en anglais).

On est alors un peu comme dans un jeu vidéo statique, qui rappelle l’époque de Dragon’s Lair. Une comparaison qui sera reprise au cours de la conférence.

Pour Guillaume Chifflot, du magazine Nemo, « la BD digitale est la rencontre de trois mondes » : le dessin, l’animation (pour le mouvement) et le jeu vidéo (pour l’interactivité). A l’artiste de choisir où il veut se situer entre les trois.

Mise en page animée

Sur le blog de Nemo, on trouve ainsi Justices, un mélange de Punisher et de Sin City. C’est une succession de planche fixes dans lesquelles les cases et les onomatopées s’affichent automatiquement. Les personnages ne bougent pas, mais les traits de mouvement, oui. Cette succession de plans rappelle les dessins animés japonais, qui marchent à l’économie.

« Un des arts les plus secrets de la BD, c’est la mise en page », sourit Guillaume Chifflot. Et de conclure : « Ce qui arrive à la BD, ça arrive dans tous les domaines ».

On ne peut s’empêcher de repenser à La Revue Dessinée et au monde du journalisme. Et si la presse en crise, malade de son Internet, s’inspirait des revues de BD pour se renouveler ?

A vous !

Difficile de citer toutes les facettes de la BD numérique, un genre en pleine explosion ! Une œuvre vous a marqué par son originalité (navigation au zoom, narration participative…) ? Partagez le lien dans les commentaires !

Jean Abbiateci lauréat des Data Journalism Awards

Jean Abbiateci lauréat des Data Journalism Awards

28 Juin 2013

Le journaliste rennais (et enseignant à l’IUT de journalisme de Lannion) Jean Abbiateci (son site web) a remporté 2 prix, lors de la cérémonie des Data Journalism Awards qui s’est déroulée le 20 juin à l’Hôtel de ville de Paris. Il était notamment nommé dans la catégorie « Data Storytelling, petit média » pour un travail sur le marché de l’art pour les nuls, publié sur Quoi.info. Pour le Mag, il revient sur cet événement et fait un point sur l’avenir de ce secteur en France.

Le Mag : Tu viens de remporter deux Data Journalism Awards pour ton travail sur « le marché de l’art pour les nuls », tes impressions ?
Jean Abbiateci : Bon,… ben, comment dire… surpris et un peu fier quand même. Surpris, parce que se retrouver en compétition face à de gros médias comme la BBC, ProPublica, le Financial Times, ce n’est pas pas tous les jours que cela arrive quand même…! Mais aussi fier, parce même s’il n’était pas parfait, je suis assez content de mon projet. Et que se faire récompenser par un jury qui compte des rédacteurs en chef du Guardian, du New-York Times et de Propublica, les trois médias les plus avancés dans le datajournalisme, ce n’est pas rien… ! D’après ce que j’ai compris, le jury a été sensible au côté résolument pédagogique du projet et son côté un peu décalé. Tant mieux pour moi.

– As-tu beaucoup de concurrents au niveau français et international ?

Cette année, il y avait 300 projets sélectionnés, puis 72 douze nominés pour au final 7 prix décernés. Nous étions deux projets français nominés dans deux catégories différentes. Il faut croire qu’il y a une french touch de la « data » car mes confrères de We Do Data ont également remporté un prix dans leur catégorie, avec leur « Pariteur » publié sur le site de France Télévisions.

– Qu’est ce que ce prix change pour toi au niveau professionnel ?

Cela m’apporte un regain de motivation et ça me conforte dans ce que j’aimerais faire l’an prochain : réaliser une grosse enquête avec des données et monter une offre de datajournalisme pour un média local.

– Comment devient-on data-journaliste ?

Déjà, si on m’avait dit quand j’ai commencé comme localier dans un petit hebdo près de Saint-Etienne qu’un jour, je prendrais du plaisir à aller lire des tableaux Excel… Plus sérieusement, ça fait maintenant dix ans que je suis journaliste, et jusque là, j’avais fait essentiellement du reportage. Comment ce goût pour les données m’est venu ? Il y a maintenant deux ans, j’étais tombé sur un cours en ligne de datajournalisme réalisé par une école de journalisme américaine. J’ai commencé à suivre ce cours et de fil en aiguille, je me suis lancé dans mon premier projet, une datavisualisation du budget de l’État français. J’avais pris le virus..

Ce qu’il faut savoir, c’est que le datajournalisme nécessite des compétences assez variées. C’est un métier qui demande 2/3 de journalisme et 1/3 de technique. 2/3 de journalisme parce qu’il faut savoir comprendre des données, bien les questionner et trouver des moyens intelligents de leur donner du sens pour les transmettre au lecteur. Mais c’est aussi un métier un peu technique puisque ces données, il faut bien souvent savoir les récupérer, les nettoyer et les mettre en scène. Et là, bien connaître Excel et savoir un peu coder est bien utile…

– Où en est la France dans ce domaine au niveau des journaux, des journalistes ?

Très honnêtement, il y a très peu de choses. Pour ce que je peux en voir, dans les médias généralistes, seul le Monde et dans une moindre mesure Rue89 se sont engagés de manière assez volontariste sur ce genre de format. Bien sûr, il y a quelques projets intéressants au cas par cas, comme la carte des emprunts toxiques réalisés par Libé ou plus récemment une enquête intéressante sur les risques industriels sur France TV. On trouve aussi des projets très intéressants du côté de la Gazette des communes qui a lancé tout récemment une application pour naviguer dans les dotations aux collectivités.

En presse locale, en revanche, très peu de choses, les projets sont souvent portés individuellement au sein des rédactions. L’an dernier, le Dauphiné avait réalisé une intéressante carte participative pour cartographier les problèmes de réception de la TNT. Pour parler un peu de notre territoire, quand je vois qu’un média comme Ouest-France, le plus gros quotidien francophone au Monde, n’a même pas la curiosité d’essayer des choses dans ce domaine, je trouve ça un peu dommage… Avec la force de frappe d’un tel média, il y aurait vraiment de sacrées choses intéressantes à faire.

Le contraste est d’autant plus fort avec d’autres pays, notamment anglo-saxons, chez qui ce genre de production est largement industrialisé, même dans les petits médias locaux. Il y a une vraie fracture, sans doute due en partie au fait que de nombreux médias ne sont pas fait le deuil de l’éternel clivage papier/web. A côté de cela, il y a un écosystème de journalistes, entreprises, développeurs, citoyens engagés, partisans de l’open data, très riche. Je trouve dommage que les journaux ne participent pas davantage à cette communauté et n’en tire pas profit.

– Y a-t-il des formations adaptées dans ce domaine ?

Pour de l’initiation, oui. En France, il y a différents organismes de formation continue qui proposent de découvrir le datajournalisme, sur deux ou trois jours. Je ne suis pas très objectif car j’y participe comme formateur, mais l’une des plus intéressantes est celle montée par l’EMI-CFD, qui fait travailler durant 4 semaines des graphistes et journalistes. Avec à la clé la réalisation d’une application data. Il y a aussi des initiatives intéressantes du côté de l’IJBA à Bordeaux et le projet du HybLab à Nantes. Mais je pense qu’il manque vraiment en France une formation de perfectionnement pour les gens qui ont déjà un niveau bien avancé.

– Est-ce que ce format suscite une réelle appétence du public ?

Oui, du moment que le projet est bien mené. Mais si je peux me permettre, je pense qu’on prend le problème à l’envers. Je ne pense pas que le public veut « du datajournalisme ». Je pense que le public s’en fiche « du datajournalisme ». Je pense que le public veut de l’information qui l’intéresse et le concerne.

La seule question à se poser est là suivante : est-ce que toutes ces données sont intéressantes pour le lecteur ? Est-ce que connaître les résultats des auto-écoles de son secteur, c’est intéressant ? Oui. Est-ce que pouvoir connaitre la qualité de l’eau de son robinet, c’est intéressant ? Oui. Les subventions culturelles, les marchés publics, les résultats des lycées, la pollution sur mon territoire, la qualité des plages, les routes les plus dangereuses, est-ce que tout ça va intéresser les lecteurs ? J’en suis persuadé.

– Quelle est son avenir dans la presse tout simplement ?

Le datajournalisme n’est pas une révolution. Dans les années 60, plusieurs journalistes d’investigation notamment américains enquêtaient en s’appuyant avec des bases de données. Simplement, aujourd’hui, les choses ont changé : jamais les données disponibles ont été aussi nombreuses et jamais les outils pour les récupérer et les mettre en scène n’ont été aussi accessibles. Le datajournalisme, c’est simplement un moyen différent de transmettre une information au lecteur. Ni plus, ni moins. Non, le datajournalisme ne révolutionnera pas le journalisme, pas plus qu’il ne sauvera des emplois. Mais je pense qu’il participe à un meilleur journalisme, en favorisant notamment l’investigation et en allant au plus près des lecteurs. Reste à voir si les directions de journaux et les rédacteurs en chef auront suffisamment, et l’envie, et l’audace d’essayer eux aussi de mettre un peu les mains dans le cambouis.

Plus :
Le palmarès complet
L’application sur Quoi.info

Ouest Médialab, premier cluster de médias en France

Ouest Médialab, premier cluster de médias en France

11 Juin 2013

L’association se constitue progressivement du côté de Nantes, avec pour objectifs de favoriser la R&D, faire évoluer les modèles éco et faire monter les équipes en compétence. Des projets ambitieux mais nécessaires pour un secteur en crise.

« Inventer les médias et les contenus de demain », telle est la mission que s’est donné le Ouest Médialab. Cette association créée début 2012 cherche en effet à regrouper des entreprises de média et les secteurs liés. A l’origine du projet quelques nantais, journalistes, développeurs ou chercheurs. Parmi eux Julien Kostreche, un ancien de France 5 et Capa TV, Philippe Roux, créateur de différentes startups et Anne Launois, ancienne directrice générale adjointe chez Axel Springer média France. Ensemble, ils forment l’équipe de permanents de l’association, qui a déjà initié quelques projets. L’un des plus connus est le HybLab, programme de formation au data-journalisme pour des étudiants nantais de différentes filières.

L’objectif est désormais de se constituer en tant que cluster, après avoir été labellisé comme Living labs. Il s’appuiera à la fois sur un territoire fertile en médias (Ouest-France, le Télégramme) et une région tournée vers le numérique (3 Cantines numériques labellisées). L’association cherche en effet à se développer sur tout le grand ouest, comme son nom l’indique. L’intérêt pour ses membres ? Expérimenter dans ce labo d’innovation ouverte et puiser dans son centre de ressources mutualisées. Des outils qui pourraient être précieux pour un secteur en pleine mutation technologique, mais aussi au milieu d’une crise de modèle économique. Pourtant, il s’agit de la seule initiative du genre en France, voire en Europe.

Une collaboration avec le Pôle Images et réseaux

Le projet est aujourd’hui dans sa phase constitutive. C’est pourquoi une rencontre avait lieu le 31 mai 2013 dans les locaux du Centre de communication de l’Ouest (CCO). Philippe Roux a ainsi définit ce que serait le cluster, un endroit pour « réfléchir ensemble » avec « des services concrets », mais aussi un outil qui « favorise les collaborations ». Il ne s’agira en revanche « pas d’une secte » sur le numérique ou « d’un hôpital des médias ». Une collaboration étroite avec le Pôle de compétitivité Images et réseaux est également envisagée, car il revoit actuellement sa feuille de route. L’animation d’une partie « industries créatives et médias » pourrait ainsi être confiée au Médialab. Des liens qui s’ajoutent à ceux déjà en place avec les Cantines numériques et les FabLabs.

A terme, le cluster serait composé d’une équipe de 4 à 5 permanents chargés de l’animation du réseau mais aussi de la veille et d’une aide aux projets. Des emplois qui seraient financés pour moitié par des financements publics (Région et Métropole), le reste se répartissant entre des prestations et les adhésions. Ces dernières vont de 100 à 1 500€ en fonction de la taille du cotisant. Le conseil d’administration serait réparti entre un collège Médias (40%), et des places pour les entreprises associées, la recherche et le Public (20% chacun). Une gouvernance complétée par un comité d’orientation stratégique. Tout cela devrait voir le jour à la rentrée 2013. En attendant, les personnes intéressées peuvent participer à des ateliers, première pierre de la collaboration.

La présentation :

Nouvelle MediaLab Session ce week-end à Nantes

Nouvelle MediaLab Session ce week-end à Nantes

10 Juin 2013

Une nouvelle édition de ce startup week-end version médias se déroule du 14 au 16 juin 2013 à Nantes. Regroupés dans les locaux de l’école Sciences Com, journalistes, développeurs, designers et entrepreneurs auront 48h pour développer un concept. L’occasion pour le Mag numérique rennais de revenir sur ce concept à travers un article publié initialement le 8 juin 2012.

Retour sur le succès de la première MediaLab Session

L’édition inaugurale de la MediaLab Session s’est tenue du 11 au 13 mai dernier dans les locaux de SciencesCom à Nantes. Revenir « à froid » sur le concept et le déroulé de cet événement s’impose au vu de la qualité des réalisations produites en 48 heures par la trentaine de participants.

Comment présenter brièvement la MediaLab Session ? Un pari un peu fou né d’un projet étudiant, mais rondement mené ! A savoir, concevoir et organiser une sorte de start-up weekend à la sauce médias, faisant intervenir des professionnels reconnus du secteur. Au-delà, l’enjeu était de rassembler des participants de tous horizons, d’appeler la mutualisation de leurs compétences variées pour qu’ils travaillent ensemble, imaginent et / ou développent des projets de créations médiatiques. Alors finalement, quels ont été les secrets du succès de la MediaLab Session ?

Atout n°1 : Le concept de start-up weekend à la sauce média

Les start-up weekends sont devenus à la mode dans les domaines événementiel et créatif, portés par leur dimension collaborative. Pourtant, leur principale limite relève peut-être de l’absence de thématique fédératrice. D’où la naissance de la MediaLab Session, calquée sur ce concept éprouvé des start-up weekends, mais orientée médias. Assez logiquement, les profils des participants se sont révélés conformes aux compétences induites par le sujet : journalistes, communicants, designers et développeurs. Ces fonctions n’étaient pas représentées de manière égale, puisque les designers et les développeurs se sont révélés moins nombreux que les journalistes. Cela n’a pas empêché la constitution de quatre équipes, suite aux pitches de présentation des projets en lice portés par certains participants. C’est vrai aussi que des profils teintés marketing ou commercial auraient pu trouver leur place et jouer un rôle au sein des équipes, mais l’exhaustivité est généralement difficile à atteindre pour une première. D’ailleurs, plusieurs raisons peuvent expliquer ces éléments : la première édition d’un événement novateur, une thématique renvoyant à un écosystème médiatique de nature plutôt fermée et peu innovante, une communication lancée tardivement pour attirer ces profils créatifs et techniques, ainsi que la localisation en province restreignant peut-être l’aura de la MediaLab Session.

Il est pourtant indéniable que cette première édition a atteint les objectifs énoncés lors de la séance d’ouverture par Romain Saillet, le fondateur de l’événement : « il ne s’agit pas de réinventer le journalisme mais d’apporter des petites touches d’innovations ». Une telle approche traduit sans conteste une lucidité et une modestie, qui ont été déterminants dans la réussite de ce weekend. En d’autres termes, si l’événement avait été façonné sur un mode warrior ou révolutionnaire de l’info, il est certain que l’écho et les résultats auraient été bien moins concluants. Évoquer le contexte dans lequel s’est inscrite la MediaLab Session permet également de souligner la pertinence de l’événement. Ainsi, laisser libre cours à l’imagination des participants pour proposer de nouveaux médias a généré une dimension créative, qui n’est pas sans faire écho à la « crise » que traversent les médias traditionnels et à leurs difficultés à se réinventer. Le pari de rassembler et de faire travailler ensemble une trentaine de personnes pendant 48 heures a donc été tenu avec la soumission de quatre projets à un jury d’experts au terme du weekend.

Atout n°2 : Une organisation et des partenariats sans failles

Cet événement a été imaginé et mené par Romain Saillet, dans le cadre d’un projet étudiant à SciencesCom. Cette première édition a vu le jour sous le parrainage de Nicolas Voisin (Owni, Tactilize), VIP qui n’a malheureusement pas fait d’apparition lors de ce weekend nantais. Mais le principal secret de l’organisation de la MediaLab Session a reposé sur la constitution d’une équipe soudée autour de son fondateur Romain Saillet, incluant en particulier Simon Robic, Yoann Digue et Emmanuelle Sibiril. De plus, l’appel à des professionnels reconnus des secteurs des médias et du numérique a permis de crédibiliser l’événement tout en lui offrant une visibilité non négligeable. C’est ainsi que des enseignants dans le supérieur (à Sciences Po Rennes et Paris), des consultants, des carrières médiatiques et des profils d’entrepreneurs plus geeks se sont côtoyés aux côtés des représentants de plusieurs Cantines Numériques, parmi lesquelles Paris, Nantes et la future Cantine d’Angers. Tous ces professionnels ont été mobilisés de manière variable au fil du weekend. Le rôle des mentors était de faire partager leur expertise et de prodiguer des conseils aux participants (Philippe Couve, Nirina Thibault, Romain Guefveneu, Walter Bouvais, Arnaud Chaigneau, Olivier Dassonville et Christophe Cariou). Enfin, un jury d’évaluation des projets s’est rassemblé au bout des 48 heures pour assister aux pitches finaux des équipes (Dominique Luneau, Christophe Delaporte, Julien Kostrèche, Guillaume Champeau et Adrien Poggetti).

Au-delà d’une organisation au top, la MediaLab Session s’est entourée de partenaires et de sponsors qui ont contribué au fonctionnement du weekend à tous points de vue (Intuiti, Atlantic 2.0, SciencesCom, AppVentus, Doze Studio, api, ibis hôtels, Terra eco, Ouest Medialab, digikaa et FrenchWeb). L’événement s’est déroulé en intégralité dans les locaux de SciencesCom, avec une confiance totale de la direction. Pour preuve, les participants auraient pu y rester jour et nuit s’ils l’avaient souhaité ! Les mentors non Nantais ont été logés dans un hôtel dans le cœur historique de la ville et ont dîné avec l’équipe organisatrice le premier soir. La prise en charge de tous les participants et mentors aura été des plus attentives, avec la fourniture de nourriture et de boissons tout le weekend par la MediaLab Session. On aura même relevé un certain désarroi dans les coulisses de l’organisation : « mais ils ne prennent même pas tous le temps de bien manger ! ». Tous ces éléments auront donc donné le sentiment d’un événement mené bien au-delà d’un projet étudiant, puisque doté d’une réelle dimension professionnelle.

Atout n°3 : Des compétences mutualisées avec succès

La recette de cette MediaLab Session repose donc à la fois sur un concept porteur et sur une organisation exemplaire. Mais ces deux ingrédients n’auraient pas aussi bien pris sans l’écho rencontré auprès des participants. La trentaine d’individus présente pour tenter cette aventure de créations médiatiques en 48 heures a fait preuve d’un investissement et d’une motivation impressionnants. L’équipe organisatrice ambitionnait initialement d’accueillir un nombre plus élevé de participants, mais cela s’est finalement révélé bénéfique pour leur prodiguer un véritable accompagnement. Certains mentors sont par exemple restés jusque vers 1 heure du matin pour conseiller les quatre équipes, signe de l’intérêt partagé de ces échanges. Lors du cocktail de clôture de l’événement, tout le monde s’est dit ravi de l’expérience. Le temps d’un weekend, chacun en a retiré quelque chose : rencontrer et travailler avec des personnes jusque-là inconnues, se poser des questions sur les médias, faire appel à sa créativité et mener à bien un projet en équipe ou encore réaliser que certaines idées pourraient vivre bien au-delà de ce weekend-là…

Tous les participants auront probablement eu besoin de faire une pause pour se remettre de ce weekend intensif et pour mettre au repos leurs cerveaux en ébullition constante pendant 48 heures. Mais surtout le besoin de prendre du recul par rapport à leurs créations a été unanime, afin de laisser décanter les remarques, très encourageantes pour certaines en suggérant un développement potentiel. Même s’il est encore trop tôt pour trancher la question de l’avenir des quatre projets nés lors de la MediaLab Session, il est très probable que certains vont faire parler d’eux. Ainsi, l’idée de « West Cast » (baptisé un temps « Poule & Push ») avait été imaginée au préalable par deux porteurs du projet désireux de se lancer. Il faut donc probablement s’attendre à ce que cette webcast événementielle, centralisant des vidéos en live et des modules sociaux, voie le jour.
Groupe Projet 102 h

Quant à l’équipe derrière le projet « 102 heures », elle a été un peu assommée par le succès de son idée développée au cours de ce weekend. En effet, ce pure player hyperlocal collaboratif, proposant chaque semaine aux internautes de suivre et de participer en temps réel à trois enquêtes, a été lauréat de cette première édition. Au-delà de la joie d’avoir convaincu le jury de la MediaLab Session, les porteurs de ce projet semblaient enclins à poursuivre l’aventure. Ensuite, l’équipe de « L’œil² » (baptisé un temps « Mosaik ») a un peu souffert de ses hésitations pour définir son projet. Mais elle a rattrapé son retard en présentant un projet bi-média hyperlocal, au modèle économique des plus originaux alliant un magazine gratuit et un site web payant. Enfin, « cACTUs » a également retenu l’attention pour son originalité et ses possibilités effectives de développement à la fois en B to C et en B to B. Nous assisterons aussi peut-être prochainement au lancement de ce pure player hyperlocal dédié aux faits divers en temps réel, qui sait ?

Les leçons de la MediaLab Session

Pour résumer, la MediaLab Session a permis l’éclosion de quatre projets innovants en termes de produits médias, de supports, de pratiques journalistiques tirant profit des dimensions collaborative et sociale, ainsi qu’en termes de modèles économiques aussi originaux qu’astucieux. L’expérience a révélé (pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus NDLR) le vaste potentiel d’innovations du secteur médias qui est en redéfinition. Il convient donc de suivre d’un œil averti les prochaines éditions de la MediaLab Session ou d’autres événements du même type. La principale leçon de ce weekend créatif renvoie à l’idée que les innovations sont produites par la mutualisation des compétences et la diversité des regards au cours d’une « aventure humaine » comme l’avait prédit Romain Saillet.

La focalisation sur le point de vue journalistique classique serait-elle donc révolue ? Probablement pas, elle serait plutôt en cours d’évolution : à ce sujet, Philippe Couve a appelé les journalistes à une « réflexion plus globale sur le contenu, (…) [les usagers], mais également sur la manière d’assurer la pérennité et la viabilité économique de l’entreprise qu’il y a derrière le média ». L’alliance de plusieurs facettes apparaît donc comme la clef du succès pour imaginer les médias d’aujourd’hui et de demain. D’ailleurs en tant qu’usager, chacun est a priori apte à apporter sa pierre à l’édifice médiatique ! La MediaLab Session a fait scintiller une lueur d’espoir en permettant l’élaboration de ces projets novateurs à la marge des médias. La tendance est bien là, mais la question demeure de savoir si les acteurs de l’information parviendront à s’y inscrire. L’évolution des mentalités et des pratiques semble bel et bien indissociable de toute innovation et évolution stratégique des médias existants.

Pour aller plus loin :

Le site de l’événement
Revivre la couverture live de l’événement et les présentations des projets
Découvrir la vision de Philippe Couve, l’un des mentors
Visionner les vidéos réalisées par Simon Robic au fil du weekend

Presse numérique et TVA : le SPIIL poursuit l’offensive

Presse numérique et TVA : le SPIIL poursuit l’offensive

29 Avr 2013

Le 27 février dernier, le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne adressait au Président de la République, François Hollande, une lettre ouverte dénonçant l’iniquité des taux de TVA distincts selon les supports des publications de presse. Une inégalité de traitement est en effet observée par les pure players en particulier qui se voient imposer le taux de TVA normal à 19,6%, puis à 20% dès janvier 2014, tandis que la presse imprimée bénéficie du taux particulier de 2,1% sur les ventes de ses publications papier. Le SPIIL a décidé de braver cette « discrimination technologique » sur le plan fiscal en proposant à ses adhérents d’appliquer le taux hyper réduit. A la suite du redressement fiscal de deux d’entre eux, Arrêt sur images et Dijonscope, le syndicat a interpellé directement l’Élysée et produit un mémoire de 13 pages détaillant les arguments, juridiques notamment, qui justifient sa position.

Une distinction fondée sur le critère technologique

En droit interne, l’évolution technologique avait déjà été prise en compte par la considération de la communication au public par voie électronique dès 1986, puis par la loi pour la confiance dans l’économie numérique de 2004, qui développait les règles applicables aux « services de communication au public en ligne » notamment en matière de droit de la presse.

Toutefois ce sont deux lois de juin et décembre 2009 qui ont précisé le régime fiscal de l’aide de l’Etat à la presse en ligne. La première a introduit le nouveau statut de « service de presse en ligne » en sous-catégorie des « services de communication au public en ligne », afin de poser les conditions spécifiques d’admission à un régime fiscal de faveur. Comme il est précisé sur le site de la Commission Paritaire des Publications et Agences de presse (CPPAP), « la reconnaissance d’un service de presse en ligne donne accès pour le site concerné à certains avantages, qui ne sont pas les mêmes que ceux réservés à la presse imprimée ». Ces avantages spécifiques sont l’exonération de la taxe professionnelle et les accès, sous conditions, au bénéfice de la provision pour investissement prévue à l’article 39 A du Code général des Impôts (CGI) et au fond stratégique pour le développement de la presse. La TVA hyper réduite n’en fait donc pas partie et reste le privilège des publications imprimées.

La loi du 30 décembre 2009 a ajouté un second alinéa à l’article 298 septies du CGI pour prendre en compte les offres composites de certains périodiques qui proposent avec leur version papier une version numérique conjointe. Il s’agit alors de préciser que, pour la part relevant du papier, l’entreprise concernée bénéficiera du taux hyper réduit tandis que pour la part représentative du contenu numérique, le taux normal devra être appliqué.

Ces deux apports législatifs ont entériné un critère technologique pour justifier d’une différence de taux de TVA  et ceci en conformité avec le droit communautaire. En effet, la directive européenne de 2006 relative au système commun de TVA exclut du bénéfice du taux réduit les services fournis par voie électronique, notamment ceux qui consistent en « la fourniture d’images, de textes, d’informations, et mise à disposition de base de données » par ce biais. Le SPIIL fait alors remarquer que la directive autorise le taux réduit pour les journaux et périodiques sans distinguer le support de l’information. Il semble cependant que l’exclusion globale des services par voie électronique doit l’emporter sur l’absence d’exception en faveur de la presse numérique.

Si le droit est assez clair en la matière, le SPIIL met en avant un argument fondé sur la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) pour résister à cette discrimination sur le plan fiscal.

Le principe de neutralité fiscale

Consacré par l’arrêt de la CJUE « The Rank Group » du 10 novembre 2011, le principe de neutralité fiscale « s’oppose en particulier à ce que des marchandises ou des prestations de services semblables, qui se trouvent donc en concurrence les unes avec les autres, soient traitées de manière différente du point de vue de la TVA ». Comme le rappelle le SPIIL dans son mémoire, lorsqu’il y a deux prestations identiques ou semblables, il y a présomption de distorsion de concurrence. Dans le secteur de la presse, il faut donc démontrer que les publications imprimées et les publications numériques sont « semblables » au sens de cette Cour. Cette dernière exige de se placer « du point de vue du consommateur » pour apprécier ce caractère : « deux prestations de services sont donc semblables lorsqu’elles présentent des propriétés analogues et répondent aux mêmes besoins auprès du consommateur, en fonction d’un critère de comparabilité dans l’utilisation, et lorsque les différences existantes n’influent pas de manière considérable sur la décision du consommateur moyen de recourir à l’une ou l’autre desdites prestations. »

Pour appuyer cette considération de la similarité des services de presse papier et numérique, le SPIIL avance de nombreux d’arguments. Du point de vue des consommateurs, la convergence des usages du numérique et du papier est observée comme « un phénomène grandissant », notamment chez les lecteurs de la presse généraliste qui consultent « indifféremment, tout au moins cumulativement » l’un et l’autre. Du point de vue des entreprises de presse, on constate aussi une « substituabilité » des supports, comme d’ailleurs en témoigne le piège de la « cannibalisation » du papier par le numérique. Le même constat fonde les nouvelles stratégies publicitaires ou stratégies de marque des entreprises de presse.

La pertinence de la distinction des supports, qui paraissait justifiée lorsque la presse en ligne n’était financée que par la publicité, est remise en cause avec l’apparition d’une presse numérique payante, vendue par abonnement. La neutralité technologique permettrait désormais de considérer la nature de l’objet de la transaction plutôt que ses modalités opératoires, d’admettre que le support ne change pas la nature du contenu pour le lecteur. Ce ne serait là que revenir à l’objectif déclaré dans la Directive de 2006 qui dispose que « le système commun de TVA devrait, même si les taux et les exonérations ne sont pas complètement harmonisés, aboutir à une neutralité concurrentielle, en ce sens que sur le territoire de chaque État membre les biens et les services semblables supportent la même charge fiscale, quelle que soit la longueur du circuit de production et de distribution ».

Le soutien de principe du gouvernement

Le SPIIL pourra s’appuyer sur l’argumentation développée par la France qui, après avoir étendu dans la loi de finances 2011 le taux réduit de la TVA aux livres numériques, doit faire face à la saisie le 21 février dernier de la CJUE par la Commission européenne, pour le non-respect de cette même directive. D’autres Etats membres ont déjà trouvé à se plaindre de la distorsion de concurrence sur le marché du livre numérique qu’implique un taux de TVA réduit sur notre territoire. La France défendra donc sa position sur le principe de neutralité fiscale, comme l’ont exprimé Aurélie Filipetti, ministre de la culture et de la communication, et Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique.

S’il n’est pas évident de comprendre pourquoi le gouvernement n’a d’une part cédé à l’alignement fiscal qu’en matière de livre numérique et non de presse, et d’autre part posé la condition assez floue de l’homothétie du livre numérique, il semble que cette frilosité apparente relève d’une stratégie à l’égard de Bruxelles. En effet, lors de la discussion du projet de loi de finance rectificative pour 2012, le sénateur écologiste André Gattolin était intervenu pour demander l’alignement du taux de TVA applicable à la presse en ligne sur celui de la presse imprimée. Le Ministre du budget de l’époque, Jérôme Cahuzac, avait eu l’honnêteté de répondre qu’il était préférable d’avancer couvert : « La priorité de la France, c’est d’obtenir que le livre numérique bénéficie de la TVA au taux réduit. Je suis pour ma part convaincu, sans avoir de preuve tangible à vous apporter – j’espère que ma bonne foi et ma sincérité vous conviendront – que nous perdrons la bataille du livre numérique sans gagner celle de la presse numérique dès lors que la barque serait trop chargée. Or envisager de faire passer le taux de TVA à 2,1 % pour la presse dite « numérique » reviendrait probablement à une provocation pour les services de la Commission, notamment pour le commissaire Semeta que j’ai eu récemment au téléphone. »

Avant qu’Edwy Plenel ne soit invité à justifier sa position fiscale par Enquête et Débat, les atermoiements de l’exécutif avaient déjà conduit Maurice Botbol, le Président du SPIIL, à annoncer que si les redressements fiscaux de Dijonscope et d‘Arrêt sur Images étaient maintenus, le syndicat poursuivrait la France devant la CJUE pour le non-respect du principe dont elle se prévaut par ailleurs.

 

Crédit photo : D.R.